Le redressement judiciaire d’Hopium révèle la face sombre de l’hydrogène
Il n’a pas fallu longtemps pour qu’Hopium passe du statut de société en devenir à celui de société en difficulté. Après avoir demandé la suspension de la cotation de son titre sur Euronext jeudi 20 juillet, l’entreprise a annoncé le lendemain son placement en redressement judiciaire.
Le 22 octobre 2022, pourtant, Crédit Agricole Consumer Finance annonçait avoir signé avec le constructeur de voitures à hydrogène français un protocole d’accord pour une commande prévisionnelle de 10.000 véhicules, dont la production était prévue à partir de 2025. Avec un prix prévu de 120.000 euros par voiture, le contrat devait donc porter sur 1,2 milliard d’euros. L’euphorie boursière provoquée par cette annonce (+50% pour l’action en séance) aura été de courte durée. Le cours de Bourse de la société, dans laquelle l’ancien ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari a fait un bref passage, ne cesse depuis de sombrer. Le titre vaut actuellement moins de 0,9 euro, contre 23 euros il y a moins d’un an.
La voiture que développe Hopium ne brûle pas d’essence, mais l’entreprise brûle du cash. A l’origine, elle devait sortir son premier prototype de voiture à hydrogène en 2021. En retard sur son calendrier, elle avait obtenu en septembre 2022 un financement en obligations convertibles de 21,5 millions d’euros de la part du fonds Atlas Special Opportunities. Mais en moins de dix mois, Hopium a déjà utilisé 11,5 millions sur cette somme. Il ne lui reste plus assez de fonds pour espérer développer sa pile à combustible dont le prototype proche d’un niveau opérationnel ne devrait pas sortir avant 12 mois. Atlas a donc convenu d’augmenter les lignes de financement existantes de 3,5 millions d’euros, ce qui porte leur total à 25 millions d’euros.
Facture élevée
Mais cette rallonge a un prix. Lors de la première opération de financement, les obligations convertibles, d’une maturité de 36 mois, ne portaient pas d’intérêts. Elles étaient émises à 93% de leur valeur nominale, et Atlas avait touché 420.000 euros de commission pour la mise en place de la ligne de financement. Avec les nouvelles conditions conclues le 21 juillet, la facture se révèle bien plus salée. Les obligations convertibles émises à compter de la signature de cet avenant possèderont une maturité de 36 mois à compter de leur émission et porteront intérêt au taux de 8% par an, payable à la date de maturité ou au moment de l’exercice de la faculté de conversion en actions, précise la société dans un communiqué. Ensuite, elles seront émises à 90% du pair. Hopium doit s’acquitter de 500.000 euros de commissions supplémentaires auprès d’Atlas.
A lire aussi : L’industrialisation de l’hydrogène décarboné bute sur plusieurs obstacles
Sans compter la dilution du capital inhérente à l’utilisation des obligations convertibles. Les actionnaires existants pourraient avoir du mal à retrouver leur mise, si la société finit par s’en sortir.
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