Le plan de sauvetage de WeWork ménage son cofondateur
Afin d’éviter une cessation de paiement à brève échéance, WeWork a finalement trouvé un accord avec SoftBank Group, son actionnaire de référence. Alors que JPMorgan proposait un plan de financement de 5 milliards de dollars (4,5 milliards d’euros), dont 2 milliards de dollars sous la forme d’obligations à haut rendement payées en nature, le programme de sauvetage émanant du conglomérat nippon atteint 9,5 milliards de dollars, ce qui correspond à un quasi-doublement du montant de ses investissements dans la start-up américaine.
SoftBank va tout d’abord accélérer un achat de titres qu’il s'était engagé à réaliser auprès de WeWork pour 1,5 milliard de dollars via des warrants expirant en avril 2020. Il soumettra ensuite avant la fin de ce trimestre une offre d’achat aux actionnaires existants pour un montant maximal de 3 milliards de dollars. Le reste du financement comprend un prêt garanti de 1,1 milliard de dollars, un prêt non garanti de 2,2 milliards de dollars et une facilité de crédit de 1,75 milliard de dollars. La valeur des obligations high yield de WeWork à échéance mai 2025 a reculé de 5,5% hier à 80 cents pour un dollar, proche de son plancher historique de 79 cents atteint le 15 octobre.
Le cofondateur de WeWork, Adam Neumann, va en parallèle quitter le conseil d’administration de The We Company, maison mère de la société de coworking, à peine un mois après en avoir pris la présidence non exécutive. Il sera remplacé par l’actuel directeur des opérations de SoftBank, Marcelo Claure, nommé président exécutif. Ce dernier est l’ancien directeur général de l’opérateur télécoms américain Sprint, filiale à 84% du conglomérat japonais. Pour que le cofondateur de WeWork puisse rembourser un crédit souscrit auprès de JPMorgan Chase, SoftBank a accepté de lui prêter 500 millions de dollars et de lui verser 185 millions d’honoraires pour une mission de conseil durant quatre ans.
«Cet arrangement pour en faire un consultant défie l’entendement. C’est terrible en termes de gouvernance», commente Nell Minow, vice-présidente du cabinet de conseil aux actionnaires ValueEdge Advisors. Adam Neumann, qui possède actuellement un peu plus de 20% du capital, pourra en outre céder un maximum de 970 millions de dollars d’actions à SoftBank dans le cadre de l’offre destinée aux actionnaires existants.
Dette de 22 milliards de dollars au 30 juin dernier
A l’issue de cette réorganisation, la participation de SofBank au capital de la start-up passera de 30% jusqu’à présent à environ 80%. Mais en dépit de l’accroissement de son intérêt économique, le groupe nippon précise qu’il «ne détiendra pas la majorité des droits de vote lors des assemblées générales ou des réunions du conseil d’administration». Cette absence de contrôle effectif lui permet de considérer The We Company comme une société associée, impliquant une mise en équivalence de ses résultats, et non comme une filiale. SoftBank pourra ainsi renforcer son influence dans WeWork sans avoir à consolider ses dettes qui s’élevaient à 22 milliards de dollars au 30 juin dernier.
Ce sauvetage intervient en effet à une période délicate pour le conglomérat nippon qui cherche à lever de l’argent frais en vue de lancer un deuxième fonds technologique dont le montant dépasserait les 100 milliards de dollars de son «Vision Fund». L’action SoftBank a terminé à la séance d’hier en recul de 2,5% à 4.190 yens. «Il n’est pas rare que les grands pionniers technologiques mondiaux soient confrontés à des problèmes de croissance similaires à ceux auxquels WeWork vient d’être confronté», a déclaré Masayoshi Son, fondateur et PDG du conglomérat technologique.
Grâce à ce soutien, «nous aurons la possibilité de continuer à rationaliser nos actifs et à stabiliser nos activités sans sacrifier notre marque mondiale», ont estimé Artie Minson et Sebastian Gunningham, les deux co-directeurs généraux de WeWork. L’entreprise, qui gère plus de 600 sites répartis dans une trentaine de pays et emploie 12.500 salariés, doit supprimer plusieurs milliers de postes dans les prochaines semaines. Le Financial Times avançait mercredi que 4.000 postes, soit 30% des effectifs, pourraient être concernés. Dans ce contexte troublé, le traitement de faveur réservé à Adam Neumann a suscité l’incompréhension du personnel.
Le plus grand défi sera néanmoins de conduire WeWork sur le chemin de la rentabilité, alors que moins d’un tiers de ses espaces de travail mis en location sont considérés comme matures, c’est-à-dire en mesure de produire des revenus stables. La start-up devra en outre dépenser près de 1 milliard de dollars pour rénover des locaux récemment acquis. Ses difficultés financières l’ont forcée à renoncer la semaine dernière à un projet de location dans une tour de 36 étages à Seattle.
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