Quand Donald Trump sape le pouvoir des actionnaires
Si Donald Trump se met à louer les vertus du capitalisme à la chinoise, les investisseurs peuvent tiquer. Le locataire de la Maison-Blanche s’en est pris cette semaine à l’obligation faite aux sociétés cotées outre-Atlantique de publier des résultats trimestriels. A force de devoir rendre des comptes tous les trois mois, l’œil rivé sur leur cours de Bourse et leur objectif de résultat, les grands patrons en oublieraient la vision stratégique à 50 ans ou 100 ans qui prévaut à Pékin. Le Nasdaq a été le premier à saluer l’auguste proposition, remportant le concours de flagornerie que déclenche désormais chaque message présidentiel.
Ce coup de canif à la transparence des entreprises, vertu cardinale des marchés boursiers, s’inscrit dans une offensive globale de la nouvelle administration Trump. En l’espace de quelques jours, la Securities and Exchange Commission a envoyé plusieurs signaux amicaux en direction des pensionnaires de Wall Street. Son nouveau chef, Paul Atkins, a promis que le superviseur se montrera beaucoup plus coulant avec les émetteurs suspectés de simples manquements aux règles du jeu, à rebours des méthodes musclées de son prédécesseur. La SEC a aussi autorisé Exxon à refondre son système de vote en assemblée générale : cela permettrait à la major pétrolière, contestée tous les ans par des fonds activistes verts, de rallier automatiquement à sa cause ses petits porteurs. Une autre réforme, passée sous les radars, pourrait autoriser des sociétés en litige avec un actionnaire à forcer un arbitrage privé, en s’évitant ainsi la mauvaise publicité d’une procédure judiciaire.
Chacune de ces mesures est défendable isolément. L’argument du court-termisme des marchés et de la surcharge réglementaire est d’autant plus séduisant que la cote se dépeuple. Ajoutons qu’en Europe et à Londres, en dépit de la suppression de l’obligation de publication trimestrielle, l’immense majorité des grandes capitalisations continuent à communiquer leurs résultats au même rythme. Mais pris ensemble, et émanant d’un président qui compte à son passif une ribambelle de faillites et de soupçons de délits d’initiés, ces changements suivent une logique implacable. Miner un contre-pouvoir, celui des actionnaires, pour le seul profit des entreprises et de leurs dirigeants. Cacher les chiffres qui fâchent ou les manipuler. Dupliquer dans l’économie le fonctionnement autocratique du clan Maga. Gênant, alors que le respect de la rule of law et la bonne gouvernance constituent l’un des piliers du capitalisme américain.
Et pourtant, à l’heure où Trump renverse toutes les valeurs sans autre écho qu’une résignation coupable, il n’est même pas certain qu’une moindre transparence entraîne un coût du capital plus élevé. Les Big Techs sont plébiscitées depuis des années malgré leur goût immodéré pour les actions à deux vitesses, les packages géants de rémunération et les penchants démiurgiques de leurs dirigeants. Peut-être faudra-t-il d’autres scandales Enron ou Worldcom pour que les investisseurs résistent à l’appauvrissement programmé de leurs droits.
A lire aussi : L’AMF rappelle qu’un avertissement sur résultats doit être lancé dès que possible
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