Le piège des tarifs menace de se refermer sur EDF
Les tarifs de l'électricité en France pourraient bondir de 30% d’ici à 2016, soit une hausse de 6% par an ! Cette prédiction choc ne vient pas d’EDF mais de Philippe de Ladoucette, le président de la Commission de régulation de l'énergie (CRE). Lancé mardi lors d’un colloque, le calcul reste théorique. Mais il repose sur des éléments industriels concrets, en supposant que le mix énergétique du parc français de centrales ne soit pas modifié.
D’une part, le chiffre de la CRE tient compte d’une augmentation de 4% par an du tarif d’utilisation des réseaux publics d'électricité, inflation comprise. D’autre part, il intègre une hausse annuelle de 2% du prix de production de l'électricité nucléaire historique d’EDF. Enfin, il repose sur un doublement de la Contribution au service public de l'électricité (CSPE), qui sert notamment à financer le développement des énergies renouvelables. Avec des hypothèses légèrement différentes, notamment pour la CSPE, les analystes de CA Cheuvreux aboutissent à un résultat assez proche. Selon eux, les prix de l’électricité devraient ainsi augmenter de 24% d’ici à 2016, simplement pour compenser la hausse des coûts de production et de transport.
Si le raisonnement semble faire l’unanimité, l’application du chiffre sur la facture des français paraît hautement improbable. «Une telle augmentation des prix paraît difficile, particulièrement dans l’environnement actuel», reconnaît CA Cheuvreux. A l’approche de l'élection présidentielle, le risque de gel des tarifs a un peu plus augmenté. Déjà, l’année dernière, à un an de l'échéance électorale, le gouvernement avait décidé de limiter la hausse des prix de l’électricité. L’Etat, premier actionnaire de l'électricien avec 84% de son capital, avait ainsi préféré renoncer à près de 400 millions d’euros de bénéfices plutôt que de prendre la responsabilité d’une flambée de la facture des Français.
EDF pourrait ainsi avoir à supporter la hausse de ses coûts de transport de l’électricité ou de la CSPE sans pouvoir la répercuter en intégralité sur ses clients. Avec un effet de pincement immédiat sur ses marges. Malgré sa présence en Grande-Bretagne, en Italie ou aux Etats-Unis, EDF puise 55% de son chiffre d’affaires et 60% de son excédent brut d’exploitation dans l’Hexagone, dont 41% dans des activités régulées par le gouvernement français. Une chape de plomb politique qui explique une grande partie de la chute de 45% du cours de l’action EDF en un an.
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