Le Master Services Agreement, socle contractuel des opérations d’infrastructure digitale

Dans cette tribune, Alexis Hojabr, avocat associé, et Stanislas Marmion, avocat collaborateur chez White & Case, expliquent l’utilité des Master Services Agreement (MSA) dans les opérations concernant des infrastructures digitales.
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Data center
Une tribune d'Alexis Hojabr, avocat associé, et Stanislas Marmion, avocat collaborateur chez White & Case  -  Photo AdobeStock

Dans un contexte de transformation digitale, de souveraineté numérique et de pression réglementaire, le Master Services Agreement (MSA) s’impose comme l’outil contractuel central des opérations d’infrastructure télécom (data centers, fibre, tours). Il dépasse la simple fonction juridique pour devenir un levier industriel, un instrument de gestion des risques et un actif valorisable, essentiel dans les stratégies d’investissement et de fusions et acquisitions.

Cadre contractuel modulaire et évolutif

Le MSA, structuré comme contrat-cadre, encadre des relations commerciales pérennes entre opérateurs, fournisseurs (cloud, société de tours télécom, data centers) et investisseurs. Il s’appuie sur des annexes exécutoires telles que des cahiers des charges (statement of work, SoW) ou des accords de niveau de service (service level agreement, SLA) qui précisent les services, les niveaux de performance et les modalités techniques.

Cette architecture permet l’ajustement des prestations sans renégociation du socle contractuel, assurant cohérence et flexibilité face à l’évolution technologique et réglementaire. Le MSA harmonise la gouvernance contractuelle, limite les contradictions avec la documentation transactionnelle (contrat de cession, pacte d’actionnaires) et facilite la gestion des obligations en cascade (sous-traitance, transferts internationaux de données).

Point pratique, dans les data centers, la gestion de l’électricité peut être optimisée via le MSA en désignant l’opérateur comme agent d’achat d’énergie, lui permettant de mutualiser les appels d’offres et d’obtenir de meilleurs tarifs, avec plafonnement contractuel à son bénéfice dans le cas où l’exploitant retiendrait une offre plus élevée.

Outil de gestion des risques opérationnels

Le MSA permet une cartographie fine des risques (pannes, retards, incidents de conformité) et structure les procédures d’incident, notifications, délais de correction et sanctions. Les clauses de gouvernance (comité de suivi, escalade), reporting, délai de remédiation et indemnisation contractualisent la gestion des litiges et assurent la continuité d’exploitation, notamment lors de changements de contrôle.

Expérience opérationnelle : le droit de substitution, ou «step-in right», permet à l’opérateur, en cas de défaillance de l’exploitant, d’assurer la continuité du service, directement ou via un tiers. Une option d’achat à prix décoté peut également sécuriser l’usage de l’actif en cas de résiliation pour faute.

Actif économique valorisable

Le MSA est valorisé comme actif dans les opérations d’investissement, financement ou titrisation. Les clauses économiques (tarification, indexation, ajustement automatique) modélisent la stabilité des flux de trésorerie, critère clé pour la valorisation des portefeuilles. Un programme de développement intégré au MSA peut prévoir la construction et la revente d’infrastructures passives, sécurisant visibilité et conditions économiques des transferts d’actifs.

À l’interface du droit, de la finance et de la technique, le MSA structure la performance opérationnelle, sécurise les flux économiques et facilite la valorisation des plateformes, tout en intégrant les contraintes réglementaires. Il constitue le socle de stabilité et de sécurité juridique pour les opérateurs et investisseurs dans un secteur en mutation constante.

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