Le marché compréhensif sur le manque de prévisions des entreprises
Alors que les résultats 2008 ont été peu ou prou conformes aux attentes du marché, les entreprises sont beaucoup moins disertes sur les perspectives 2009, arguant de l’absence de visibilité. Ainsi, la plupart des sociétés se sont refusées à donner toute prévision de résultats chiffrée pour cette année, notamment les acteurs du luxe (LVMH, PPR et L’Oréal), ou encore les constructeurs automobiles, même si PSA reconnaît attendre une baisse de 20 % de ses ventes.
Certaines tentent de donner quelques indications, qu’elles soient modestes, comme EDF qui a annoncé une croissance organique «modérée» de son excédent brut d’exploitation et une stabilité de son résultat net, ou vraiment mauvaises, comme JCDecaux qui anticipe un recul de 10 % de sa croissance organique au premier trimestre. Ces discours ont été immédiatement sanctionnés par le marché. Quant aux rares sociétés optimistes, le marché n’y croit pas.
Au début du mois, les lecteurs de L’Agefi estimaient d’ailleurs en majorité que les prévisions chiffrées n'étaient guère pertinentes au regard de la conjoncture. Seuls 11 % jugeaient que ce mutisme était susceptible de pénaliser les investisseurs. En revanche, près d’un tiers des répondants indiquaient que ce silence allaient obliger les analystes à faire leur métier !
«L’absence de commentaires par les sociétés se justifie par leur manque de visibilité. En revanche, les analystes ne sont pas assez agressifs dans leurs prévisions baissières. Le consensus 2009 reste trop optimiste, prévient Hugues de Montbel, gérant actions européennes chez Credit Suisse AM France. Plus personne ne conteste que récession globale et recul de seulement 2 % des estimations de résultats en 2009 sont incompatibles. Le consensus devra donc encore s’ajuster massivement à la baisse, là où nous attendons 25 % de baisse avant la fin de l’année.» Global Equities anticipe même sur le CAC 40 une baisse de 30 % des BPA 2009.
Plus que de donner des prévisions qu’elles risquent de ne pas pouvoir tenir, les entreprises ont tenté de rassurer le marché en affichant davantage de transparence qu’à l’accoutumée sur la structure de leur bilan, en donnant notamment l’échéancier de leur dette, et en annonçant des mesures de réduction de coûts, ou encore en réduisant leurs investissements. Tous mettent en avant la préservation de leur trésorerie et l’accélération de leur production de cash-flow libre.
«Cela ne nous pose pas de problème que les sociétés ne donnent pas de prévisions, explique Régis Bégué, directeur de la gestion actions chez Lazard. Quand elles en font, elles se fondent sur des hypothèses macro-économiques pas toujours validées, comme en 2008. En revanche, nous apprécions une analyse de sensibilité de la profitabilité aux différentes hypothèses de croissance, comme l’a fait Luxottica en Italie, par exemple.» Si ces différents scénarios sont vraisemblablement réalisés en interne, les entreprises ne les dévoilent pas nécessairement au marché… De toute manière, «nos prévisions ne sont fondées ni sur les guidances données par les sociétés, ni sur les chiffres des analystes, précise Régis Bégué. Sur la base du scénario économique de Lazard et de l’analyse approfondie des comptes publiés par les entreprises, nous établissons nos propres prévisions.»
Les rares indications données par les émetteurs ne laissent entrevoir aucune amélioration au premier trimestre. D’autant que dans l’industrie, les carnets de commandes se sont fortement réduits. D’ailleurs, les émetteurs peuvent difficilement communiquer sur une amélioration de leur activité, dont ils ne connaissent pas le calendrier.
«Cette absence de perspectives vient renforcer l’incertitude et entretient la volatilité et la baisse des marchés», constate Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel. Il est alors «difficile dans ce contexte de souscrire pleinement au rally actuel tant que les analystes tarderont à couper leurs anticipations, et d’autant que le crédit n’a pas vraiment suivi la tendance des actions de ces derniers jours», ajoute Hugues de Montbel.
Dans un tel contexte, les yeux des investisseurs sont rivés sur les indicateurs avancés de l’économie, et aussi sur «les indices de confiance et les indices des directeurs d’achat début avril pour vérifier si le retournement de l’activité aux Etats-Unis peut-être envisagé», note Cholet-Dupont. Dès que ces indicateurs repartiront la hausse, la reprise des marchés actions devrait logiquement s’amorcer.
En attendant, malgré la faible valorisation des marchés actions, aucun intervenant ne se risque à déclarer que le fond a été touché. Et les investisseurs attendent, tout au moins une stabilisation des marchés et une baisse de la volatilité avant de revenir sur les actions.
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