Le Conseil européen remet en question le recours au MES
Au terme d’une vidéoconférence de plus de six heures hier soir, les 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne (UE) n’ont pas réussi à dégager une vision commune de la sortie des crises sanitaire et économique liées au coronavirus.
Au contraire, leur déclaration conjointe sonne comme une reculade, ne faisant aucune mention de l’utilisation du Mécanisme européen de stabilité (MES) pourtant engagée par l’Eurogroupe mercredi.
Disparition de la référence au MES
Prévue dans le brouillon des conclusions agréées par les ambassadeurs des Etats membres plus tôt dans la journée, la référence au MES a ainsi disparu sous l’impulsion des Pays-Bas, qui souhaitent sauvegarder la force de frappe du dispositif doté de 410 milliards d’euros disponibles, soit 3,4% du PIB européen.
Les ministres des finances sont seulement invités par les dirigeants européens à «présenter des propositions dans les deux semaines» alors que l’Italie les espérait dans les dix jours. Les ministres des finances se voient en outre confier un mandat peu clair, les chargeant de construire des mesures de relances fondées de manière surprenante sur l’action de la Banque européenne d’investissement (BEI).
En désespoir de cause face à l’inflexibilité du Premier ministre hollandais Mark Rutte, le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte a refusé de soutenir les conclusions et imposé que les Vingt-Sept se limitent à une déclaration conjointe, moins forte sur le plan juridique.
Coronabonds rejetés
Le symbole est fort et résume assez bien le détricotage du texte auquel se sont adonnés les Etats membres divisés sur l’attitude à adopter.
Dans ce contexte tendu, les «coronabonds» n’ont évidemment pas non plus fait l’objet d’un consensus, en dépit de la lettre envoyée mercredi à Charles Michel par neuf Etats membres dont la France. Les Pays-Bas, une fois encore, et, dans une moindre mesure, l’Allemagne, se sont opposés à la mutualisation des dettes dans le contexte du coronavirus.
«Je ne peux pas imaginer de circonstances dans lesquelles les Pays-Bas pourraient accepter les ‘eurobonds’, qui vont contre le modèle même d’union économique et monétaire», a ainsi tranché le Premier ministre hollandais Mark Rutte, à la suite du Sommet.
Pas de relance européenne sans budget
«Nous avons eu un échange politique dense, intense et de qualité pour se projeter dans les prochaines semaines et les prochains mois», a pourtant voulu positiver le président du Conseil, Charles Michel.
Le Belge et la présidente de la Commission européenne (CE) Ursula von der Leyen sont ainsi chargés par les Vingt-Sept «en consultation avec les autres institutions, en particulier la Banque centrale européenne» de préparer «une stratégie de sortie de crise coordonnée» et «une feuille de route accompagnée d’un plan d’action» pour un plan de relance européen.
«Nous devons toutefois être très clair», a prévenu l’Allemande, «nous sommes dans la dernière année d’un budget de sept ans et la crise montre à quel point il est important, crucial, d’avoir un budget à même de gérer des crises de cette complexité».
«Le meilleur signe d’une solidarité européenne est un budget européen solide», a-t-elle martelé, ciblant indirectement les 27 chefs d’Etat et de gouvernement, incapables de s’entendre sur le budget pluriannuel malgré deux ans de négociation.
Les premières mesures votées par le Parlement
Parallèlement, les eurodéputés réunis pour la première plénière virtuelle de l’histoire de leur institution, ont adopté à une quasi-unanimité et sans amendement les premières mesures lancées par la Commission en réponse à la crise sanitaire.
Le Parlement européen a ainsi adopté l’initiative d’investissement en réaction à la pandémie de Covid-19, consistant en la réorientation de 37 milliards d’euros de fonds européens vers la lutte contre le virus et ses conséquences économiques. Les eurodéputés ont aussi voté l’extension du Fonds de solidarité de l’UE, ce qui peut permettre de débloquer jusqu’à 800 millions d’euros supplémentaires.
Enfin, ils ont confirmé la suspension temporaire des règles de l’UE sur les créneaux horaires dans les aéroports pour mettre fin aux «vols fantômes» causés par l’obligation qu’ont les compagnies d’utiliser leurs créneaux pour les conserver au cours de la période suivante.
Déjà approuvées par les Etats membres, ces mesures entreront en vigueur rapidement.
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