Le changement de président renforce l’incertitude chez Areva

Alors que le groupe de nucléaire est en train de revoir ses objectifs financiers, Luc Oursel ne pourra pas se prévaloir du soutien du comité exécutif
Olivier Pinaud

Le communiqué publié vendredi par Areva est bref mais il en dit long sur les conditions du changement à la présidence du directoire : «Anne Lauvergeon a pris acte de la décision du président de la République (…) et souhaite que la transition se fasse dans les meilleures conditions». Une transition en douceur loin d'être acquise. En plus des syndicats, l’intégralité du comité exécutif, mis à part Luc Oursel, a ouvertement soutenu Anne Lauvergeon. A la différence de son prédécesseur, le nouveau dirigeant pourra au moins se prévaloir du soutien de Nicolas Sarkozy. Ce dernier doit rencontrer Anne Lauvergeon aujourd’hui pour lui expliquer sa décision, contraire au processus de recrutement confié il y a quelques mois par l’Etat actionnaire à Jean-Cyril Spinetta, le président du conseil de surveillance d’Areva, dont la position en sort fragilisée.

Autre sujet trouble, l’oganisation à proprement parler de la succession. Le mandat d’Anne Lauvergeon court jusqu’au 29 juin. Le conseil de surveillance nécessaire pour entériner la nomination de Luc Oursel ne peut donc se tenir en théorie qu’après cette date, ce qui laisse entrevoir un flottement de plusieurs semaines.

«En cette période troublée par les événements récents de Fukushima et ses impacts potentiels négatifs, nous estimons qu’un changement à la tête d’Areva présente des risques», redoute Oddo. Après le Japon, le groupe a été contraint de suspendre ses objectifs 2011 et 2012. La catastrophe pourrait permettre à Areva de décrocher de nouveaux contrats, de maintenance ou de sécurité, mais il est tout de même probable que le groupe soit contraint d’annoncer d’ici quelques semaines des objectifs inférieurs à ceux initialement attendu, notamment celui prévoyant une génération de cash-flow opérationnel libre significativement positive en 2012.

Dans ces conditions, Areva aura besoin de nouveaux fonds, les 900 millions d’euros injectés fin 2010 par le Koweit et l’Etat français ne suffisant pas à couvrir les besoins. D’où l’empressement de l’Etat à mener la filialisation des mines d’Areva avant, éventuellement, d’ouvrir leur capital. Le projet a été lancé mi-mai. «L’Agence des participations de l’Etat pousse pour mettre en œuvre la décision du Conseil de politique nucléaire. Mais le conseil de surveillance est vivement divisé», indique une source interne. En remplaçant Anne Lauvergeon, l’Etat réaffirme qu’il entend faire appliquer ses choix stratégiques.

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