Le calcul du coût du capital doit faire abstraction des aléas conjoncturels
En remettant en cause les hypothèses d’efficience des marchés, la crise financière a rendu plus incertaine l’estimation du coût moyen pondéré du capital (CMPC ou WACC) qui représente le taux de rentabilité minimal exigé par les actionnaires et les créanciers de l’entreprise pour financer ses investissements. Les participants d’une table ronde organisée hier par Premier Cercle ont insisté sur la nécessité de valider par des tests de cohérence les paramètres retenus.
En Allemagne ou aux Etats-Unis, le rendement particulièrement faible des obligations d’Etat à 10 ans, qui servent de référence aux taux sans risque, contribue à minorer actuellement le coût des fonds propres des entreprises, malgré une hausse de la prime de risque. L’écart de crédit («spread») qui s’ajoute au taux sans risque pour déterminer le coût de la dette apparaît de son côté «relativement tendu», relève Nicolas Tissot, directeur financier d’Alstom, en estimant qu’il peut être judicieux mais risqué d’exploiter ces anomalies de marché. «Il faut tenir compte du niveau de risque respectif des différents actifs» pour déterminer le rapport optimal entre le financement par la dette et par les fonds propres, conseille Jacques Tierny, directeur financier de Gemalto.
S’il contribue à mesurer en interne la performance d’une entreprise, le coût du capital est moins utile pour sélectionner des projets d’investissement car «le coût des ressources est influencé par certaines conventions comptables arbitraires», juge Ross McInnes, directeur financier de Safran, en citant la R&D qui peut être activée au bilan ou traitée comme charge dans le compte de résultat. La hausse des besoins d’investissement mondiaux et la modification des circuits d’épargne entre zones émergentes et pays développés «vont faire augmenter ce coût des ressources», pronostique d’ailleurs Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes.
Directeur financier de Rhodia qui a récemment fusionné avec le belge Solvay, Pascal Bouchiat souligne «l’écart existant entre valeur d’entreprise et valeur des fonds propres pour les sociétés à fort effet de levier, qui nécessite le recours à plusieurs méthodes de valorisation». Pour contrôler l’estimation obtenue pour le coût du capital, on veillera à ce que le coût des fonds propres demeure supérieur à celui de la dette, le risque pris par l’actionnaire étant plus important que celui encouru par le créancier.
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