L’automobile française fait assaut de prudence en Iran
La pression des sanctions américaines contre l’Iran a produit ses premiers résultats sur les acteurs français du secteur automobile cette semaine, alors qu’ils nourrissaient de fortes ambitions sur ce marché.
Hier, la Fiev (Fédération des industries des équipements pour véhicules) a annoncé l’annulation de sa mission prévue en Iran du 9 au 15 juillet. «La mission est annulée et remplacée par une réunion en France de notre club Iran pour réfléchir à la suite des événements», a déclaré à Reuters Jacques Mauge, président de la Fiev, laquelle précise toutefois à L’Agefi que la mission n’est pas supprimée, mais «suspendue». Ses participants devaient notamment rencontrer les sociétés communes établies entre les constructeurs français et iraniens – Saipa Citroën, IKCO-Peugeot et Renault-Pars.
Cette décision fait suite à celle de PSA (marques Peugeot et Citroën), lundi soir, de suspendre l’activité de ses coentreprises «afin de se conformer à la loi américaine d’ici au 6 août 2018», date à laquelle les sanctions seront rétablies. Interrogé sur les intentions, Renault n’a pas fait de commentaire.
L’Iran affiche de nombreux atouts : 85 millions d’habitants, sous-équipés (90 unités pour 1.000 habitants), avec un parc vieillissant. Les estimations anticipent un marché de trois millions d’unités en 2030. Mais passer outre les sanctions est inenvisageable pour les équipementiers français, très internationalisés et souvent massivement implantés aux Etats-Unis, comme Valeo, Faurecia, ou Plastic Omnium.
Dans son communiqué, PSA indique que ses activités en Iran représentent «moins de 1% de son chiffre d’affaires» et que «le contexte ne modifie ni les objectifs généraux du plan Push to pass, ni les orientations financières actuelles». La grande majorité des Peugeot assemblées en Iran (405, 206…) sont en effet produites localement. Ses deux récents joint-ventures (IKCO-Peugeot et Citroën Saipa) venaient d’entrer en activité (2017 pour la Peugeot 2008 et tout récemment pour la Citroën C3).
«Mais le manque à gagner est un aspect important, notamment la quote-part des futurs résultats des deux joint-ventures qui devait lui revenir et que l’on peut estimer entre 100 et 300 millions d’euros par an, à comparer à un résultat opérationnel de 3,1 milliards en 2017», indique un analyste, même s’il reconnaît que ce montant peut être compensé au niveau du groupe.
Surtout, l’effet serait sensible sur les volumes: PSA a vendu 444.600 véhicules en 2017 en Iran, soit plus de 12% de ses ventes mondiales. Il s’agit de son premier marché hors de France. En outre, à plus long terme, sa base industrielle iranienne devait lui servir de plate-forme d’exportation pour la zone Moyen Orient-Afrique. PSA précise qu’il négocie une dérogation avec les autorités américaines.
Concernant Renault, les enjeux ne sont pas négligeables: sa nouvelle joint-venture vise 150.000 unités par an (jusqu’à 300.000 à terme), qui s’ajoutent à une capacité existante de 200.000. L’Iran est ainsi son huitième marché.
A mesure que le 6 août approche, les initiatives diplomatiques s’intensifient. Dans une lettre adressée au secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo et au secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, les ministres des Affaires étrangères et des Finances français, allemands et britanniques, ainsi que Federica Mogherini, responsable de la diplomatie européenne, demandent aux Etats-Unis d’exempter les entreprises européennes. Le courrier distingue les secteurs que les Européens souhaitent voir exemptés des «effets extraterritoriaux» du rétablissement des sanctions, dont l’industrie pharmaceutique, l'énergie, l’automobile, l’aviation civile, les infrastructures et le secteur bancaire.
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