L’AMF planche aujourd’hui sur la demande de dérogation d’Hermès
Cet après-midi, le collège de l’AMF étudiera la demande d’Hermès de déroger à l’obligation de lancer une offre publique. Une réponse positive permettra à la famille Hermès de constituer une holding détenant plus de 50% du capital et ainsi de verrouiller le contrôle du groupe, alors que LVMH détient 20,2% du capital et 12,7% des droits de vote du sellier. Mais le régulateur pourrait prendre son temps et se prononcer lors d’une prochaine réunion du Collège.
Quelle que soit la décision prise, elle devra être fortement motivée par le régulateur. D’autant que ce dossier devrait se poursuivre devant la cour d’appel de Paris. En cas de refus de dérogation, Hermès devrait en effet interjeter appel. Et en cas d’autorisation, la présidente de l’Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam), Colette Neuville, a déjà prévenu qu’elle saisirait elle aussi la justice.
D’ailleurs, Colette Neuville a confié à L’Agefi avoir envoyé hier une nouvelle lettre aux membres du Collège de l’AMF, leur demandant de ne pas accorder de dérogation. Elle explique être mandatée par un groupe d’actionnaires individuels suisses, par un fonds belge, et par deux fonds américains faisant du trading. Ils pèsent ensemble autour de 2 millions de titres Hermès, soit 1,9% du capital, mais près de 28% du flottant.
La présidente de l’Adam complète son argumentaire, invoquant notamment l’absence d’égalité de traitement des actionnaires, en raison de l’apport prévu des actions des membres de la famille à une holding familiale, «ce qui revient à organiser à leur profit une offre d’échange privée». Si cette offre d’échange «ne peut s’adresser à tous les actionnaires en raison des buts recherchés, [elle] devrait être précédée d’une offre publique visant à désintéresser les actionnaires du public, en raison précisément du changement de contrôle qui est l’objectif de l’opération».
Colette Neuville relève également que la notion de «groupe familial» n’apparaît pas dans le document de référence d’Hermès. Généralement, cette notion s’accompagne souvent de pactes d’actionnaires, qui n’existent pas non plus chez Hermès. Or, les dérogations accordées dans le passé par l’AMF concernaient des groupes structurés.
De plus, en ayant fait voter l’autorisation d’émettre des «bons Breton», Hermès montre qu’il «n’exclut pas l’hypothèse d’une OPA et donc que les dirigeants considèrent que le capital n’est pas contrôlé», conclut l’Adam.
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