L’Allemagne s’active pour sa souveraineté énergétique
La souveraineté énergétique est devenue la priorité de l’Allemagne. Après plusieurs mois de réflexion, Berlin a annoncé vendredi la mise sous tutelle avec effet immédiat des activités allemandes du pétrolier russe Rosneft. Cette ordonnance, prise en vertu de la loi sur la sécurité énergétique, englobe les parts de Rosneft Deutschland dans trois raffineries de pétrole. En plus d’une participation de 54% dans PCK, opérateur de la raffinerie de Schwedt près de la frontière polonaise, Rosneft détient 24% de la raffinerie de Miro, située dans le Bade-Wurtemberg, ainsi que 29% de celle de Vohburg en Bavière.
Jusqu’en 2021, la filiale de Rosneft était le troisième plus grand raffineur de pétrole outre-Rhin. Elle traitait environ 90 millions de barils de brut par an, soit environ 12% des capacités de raffinage du pays. Plus de la moitié de ces volumes étaient raffinés sur le site de Schwedt à partir de l’oléoduc russe de Druzhba. «Nous nous rendons plus indépendants de la Russie et également des décisions qui sont prises n’importe où dans ce pays», a commenté le chancelier Olaf Scholz lors d’une conférence de presse.
L’initiative s’étend à des participations du groupe russe dans desinfrastructures pétrolièressituées en Autriche (Transalpine Ölleitung), en Italie (Societa’ Italiana per L’Oleodotto Transalpino), ainsi qu’en France (Société du Pipeline Sud-Européen), ce qui reflète l’importance des interconnexions du système énergétique sur le Vieux Continent. Valable jusqu’au 15 mars prochain, cette mise sous tutelle est susceptible d’être prolongée. Elle n’équivaut cependant pas à une expropriation car Rosneft, qui pourra contester l’ordonnance devant les tribunaux allemands, demeure actionnaire des actifs saisis.
«Durant les prochains mois, nous devrons continuer à préserver les infrastructures critiques en vue de parvenir à l’indépendance énergétique», a déclaré Verena Hubertz, parlementaire social-démocrate au Bundestag, en ajoutant que «d’autres mesures suivront». L’arrêt des importations de pétrole en provenance de Russie obligera Berlin à trouver des alternatives afin de maintenir des capacités de raffinage permettant de satisfaire les besoins du pays. Deux oléoducs, l’un transitant par le port polonais de Gdansk, l’autre par la ville allemande de Rostock au bord de la mer Baltique, devraient permettre aux cargaisons de pétrole émanant de l’étranger d’atteindre la raffinerie de Schwedt et celle de Leuna, qui était également desservie par le pipeline de Druzhba.
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