L’affaire Repsol ternit un peu plus l’image de l’Argentine auprès des investisseurs

Repsol a dû déposer une demande d’arbitrage à la Banque mondiale pour réclamer les 10,5 milliards de dollars liés à son expropriation d’YPF
Patrick Aussannaire

L’Argentine devient un repoussoir pour les investisseurs internationaux. Las des vaines négociations entre gouvernements espagnol et argentin, Repsol a décidé de réclamer l’arbitrage du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), concernant l’expropriation de sa filiale argentine, YPF. Le groupe pétrolier espagnol bute depuis des mois sur l’obstination de Buenos Aires concernant la valorisation des 51% qu’il détenait dans YPF, et dont il s’est fait déposséder arbitrairement lors de sa nationalisation par le gouvernement socialiste de Cristina Kirchner.

Passé le délai de six mois concédé pour aboutir à un accord à l’amiable, Repsol fonde sa démarche sur la violation de l’accord, datant de 1991, pour la promotion et la protection réciproque des investissements entre les deux pays. Un tribunal ad hoc sera constitué par le CIRDI, organisation dépendante de la Banque mondiale, sans préjuger de la possibilité de mettre fin à la procédure en cas d’accord.

Les positions semblent cependant difficilement réconciliables. Repsol évalue sa participation perdue à 10,5 milliards de dollars (8 milliards d’euros), montant qu’il réclame à l’Etat argentin, alors que la valeur comptable inscrite dans son bilan est de 5,2 milliards d’euros. Et Buenos Aires ne compte céder aucun pouce de terrain, faisant état du fait que sous la houlette de Repsol, les comptes d’YPF étaient «vidés» par le paiement des dividendes aux investisseurs étrangers, et que les investissements et la production en Argentine avaient fléchi.

YPF a lancé un plan ambitieux de 37,2 milliards de dollars sur cinq ans pour relancer la production locale, financé en partie par une émission annoncée hier de 930 millions de dollars. Mais son projet de partenariat avec Chevron a pris du plomb dans l’aile avec le gel des actifs de la compagnie américaine en Argentine ordonné par un juge local après sa condamnation à une amende de 19 milliards pour pollution en Equateur. Sans compter que Chevron est également sous le coup d’une assignation en justice lancée par Repsol pour concurrence déloyale en Argentine après son accord avec YPF. Le groupe espagnol a même annoncé ce matin qu’il poursuivait Chevron devant le tribunal de Manhattan remettant en cause sa licence d’exploitation en Argentine.

En outre, le paiement de 10 milliards de dollars viendrait peser sur la dette du pays, déjà proche d’un défaut sur le paiement d’une créance de 1,3 milliard ordonné par la justice américaine.

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