L’activisme de l’Etat sur les rémunérations échoue chez Safran
Après les paroles, les actes. L’Etat a affirmé hier, lors de l’assemblée générale de Safran, sa conception en matière de rémunération des dirigeants des entreprises dont il ne détient pas la majorité du capital. A la tête de 22,4% du capital, l’Etat a voté contre les résolutions consultatives présentant les éléments de la rémunération due ou attribuée au titre de l’exercice 2013 à Jean-Paul Herteman, PDG de Safran, et à ses trois directeurs généraux délégués.
Conséquence, la résolution 10, concernant la rémunération attribuée de 1,48 million d’euros perçue par Jean-Paul Herteman en 2013, n’a été approuvée qu’à 63,72% des votants. La suivante, portant sur les rémunérations de Stéphane Abrial, Ross McInnes et Marc Ventre, a reçu seulement 63,56% de votes favorables. Jusqu’à présent, le plus mauvais score sur les résolutions de «say on pay» avait été enregistré par Renault avec 64,3%. L’Etat avait là aussi voté contre, tout comme chez Thales.
En début d’année, le gouvernement, qui a déjà plafonné en 2012 la rémunération des dirigeants des entreprises publiques à 450.000 euros annuels, avait appelé à une modération salariale dans les groupes qu’il ne contrôle pas. Une baisse de 30% de la rémunération fixe et variable était jugée «bienvenue». Ne voyant pas de signes en sa faveur chez Safran, l’Etat a donc voté contre les résolutions de «say on pay». Il s’était déjà opposé, lors de l’AG de 2012, au parachute de Jean-Paul Herteman.
Pour aller plus loin dans son activisme, l’Etat a même déposé une résolution, contre l’avis du conseil d’administration, demandant le maintien à 759.333 euros de l’enveloppe des jetons de présence versés aux administrateurs. Safran souhaitait l’accroître à 868.000 euros. La résolution alternative de l’Etat a été rejetée à 60,96%. En 2013, le montant des jetons de présence s’élevait à 670.000 euros.
Safran n’a pas souhaité faire de commentaire hier sur les résultats des votes. Le groupe a expliqué lors de l’AG que la hausse des jetons vise à «revaloriser une enveloppe annuelle de jetons de présence inchangée depuis 2004» et tient compte «de la désignation à venir en 2014 de deux administrateurs supplémentaires représentant les salariés».
En revanche, l’Etat a voté contre la résolution déposée par le Fonds commun de placement des salariés de Safran qui voulait limiter le montant du dividende. La résolution a été rejetée à 82,83%. L’Etat actionnaire n’est pas à un paradoxe près.
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