L’acquisition de Synthes n’épuise pas les ressources de Johnson & Johnson
Bill Weldon, le directeur général de Johnson & Johnson, ne pouvait pas laisser passer une telle occasion. «Il est très rare de voir une société comme Synthes compléter aussi bien J&J», a lancé le dirigeant hier pour légitimer la plus grosse acquisition de toute l’histoire du groupe pharmaceutique américain. Au total, J&J paye la société suisse 21,3 milliards de dollars, ou 19,3 milliards en retirant la trésorerie de sa cible. Cela représente un peu plus de 11 fois l’excédent brut d’exploitation de Synthes estimé pour 2011. Un prix jugé relativement raisonnable par les analystes.
En revanche, malgré l’enthousiasme de la direction de J&J, le marché s’interroge sur l’intérêt de l’opération. Celle-ci, de l’aveu même de J&J, n’aura aucun effet sur le bénéfice par action du groupe lors de la première année d’intégration en 2012. Ensuite, s’il deviendra grâce à Synthes le numéro un mondial des prothèses et des broches orthopédiques, avec près de la moitié du marché, le groupe se renforce sur un segment estimé à 5,5 milliards de dollars mais de plus en plus mûr. «Le marché de Synthes n’est plus ce qu’il était il y a trois ou quatre ans», s’inquiétaient récemment les analystes de JPMorgan, tablant sur des niveaux de croissance inférieurs à 5%.
Enfin, l’opération prendra plusieurs mois avant d’être bouclée. Certains analystes estiment que J&J pourrait être contraint de se séparer des broches pour la colonne vertébrale, segment important (8,8 milliards de dollars) mais sur lequel J&J occupe déjà la position de numéro deux mondial.
Le marché reste donc dubitatif. D’autant que l’opération ne règle pas les «soucis» financiers de J&J. Financée aux deux tiers en actions, l’acquisition ne solde pas le surplus de trésorerie du groupe américain. J&J ne va en effet puiser que 7,5 milliards de dollars dans ses caisses pour payer Synthes. Or, le groupe américain disposait de 27 milliards de dollars de disponibilités, faiblement rémunérées et, qui plus est, majoritairement détenues en dehors des Etats-Unis ce qui interdit tout rapatriement sous peine de payer de lourdes taxes.
La direction de J&J n’a pas dévoilé ses projets Mais une partie de la trésorerie excédentaire pourrait être retournée aux actionnaires alors que J&J génère 14 milliards de dollars de cash flow par an. Elle pourrait aussi servir à financer de nouvelles acquisitions. Ce qui laisse planer de nouveaux risques d’intégration.
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