La transition énergétique progresse lentement en Europe
La hausse des prix de gros du gaz et de l’électricité a favorisé l’an dernier l’activité des principales sociétés de services collectifs (utilities) en Europe, montre la 20e édition de l’Observatoire mondial des marchés de l’énergie qui vient d’être publié par Capgemini. Après plusieurs années de baisse, 11 des 16 plus grands groupes de la région ont affiché une progression de leur chiffre d’affaires, l’amélioration de la situation économique ayant également entraîné une augmentation de la demande en électricité.
L’intensification de la concurrence entre acteurs existants et nouveaux entrants exerce en revanche une pression à la baisse sur la marge brute d’exploitation des «utilities», passée en moyenne de 18,4% en 2017 à 17,8% en 2018. Deuxième plus gros pays consommateur d’énergie au monde, la Chine est de surcroît devenue un investisseur significatif dans les réseaux électriques en Espagne et au Portugal, ce qui lui permet d’avoir accès aux marchés sud-américains. Dans la fourniture d’énergie, les acteurs établis font désormais face à de nombreuses sociétés indépendantes, aux distributeurs et aux groupes d’hydrocarbures.
«En France, EDF n’a pas été en mesure de tirer totalement parti de la hausse des prix de gros, étant donné qu’elle doit réserver environ un quart de sa production d’électricité nucléaire aux fournisseurs alternatifs au prix de 42 euros par mégawattheure fixé par la loi ARENH», relève Colette Lewiner, conseillère énergie du président de Capgemini. En raison d’investissements importants, le ratio d’endettement net sur excédent brut d’exploitation de l’ensemble de l’échantillon est passé de 2,77 à 2,85 fois d’un an sur l’autre. Mais l’espagnol Iberdrola et le portugais EDP affichent un ratio de respectivement 5 et 5,7 fois.
Le contexte actuel compromet par ailleurs l’atteinte des objectifs climatiques à long terme sur le Vieux Continent. «La croissance économique a favorisé la hausse des émissions de gaz à effet de serre», explique Colette Lewiner. En 2017, ces émissions ont augmenté de 1,8% pour la première fois en cinq ans, selon des données de la Commission européenne. Paradoxalement, les Etats-Unis, qui se sont retirés en juin 2017 de l’Accord de Paris, ont été l’un des rares pays où les gaz à effet de serre ont diminué l’an dernier grâce aux initiatives prises par certains Etats et par le Congrès américain.
Malgré le bond des prix du carbone, passés en Europe de 5 euros la tonne début 2017 à 20 euros la tonne en septembre dernier, «ce niveau demeure insuffisant pour entraîner des investissements rentables dans des systèmes de captation et de stockage de CO2», ajoute l’experte. La mise en place à l’échelle européenne d’un prix plancher du carbone permettrait de contourner cet obstacle, comme cela a été le cas l’an dernier au Royaume-Uni, où les émissions de CO2 ont diminué de 3,2% par rapport à 2016.
Les économies d’énergie et l’augmentation de la part des renouvelables dans la consommation énergétique sont donc les principaux leviers utilisés pour combattre le réchauffement climatique. Alors que le gaz, qui émet moins de CO2 que d’autres énergies fossiles, est devenu essentiel pour piloter la transition énergétique, l’Europe va devoir en importer davantage que prévu en raison de la baisse de la production du gisement de Groningen aux Pays-Bas, site majeur qui sera définitivement fermé d’ici à 2030. Les deux autres pays producteurs dans la région sont le Royaume-Uni et la Norvège. En 2017, l’Union européenne a importé 69% de ses besoins en gaz naturel, principalement de Russie, ce qui augmente le risque sur la sécurité d’approvisionnement. Le gaz naturel liquéfié, plus cher que celui qui est transporté par oléoducs, représente à l’heure actuelle moins de 10% de la consommation européenne.
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