«La structure de contrôle de l’actionnariat impacte la liquidité du titre»
Titre original : Ownership, Control and Market Liquidity
Chaire : Chaire FBF-Dauphine-HEC corporate finance
Quelle est votre problématique sur la structure d’actionnariat des entreprises ?
Les structures de détention des entreprises en Europe continentale suscitent un débat continuel, car beaucoup d’entreprises y sont détenues par des blocs d’actionnaires, et la règle de proportionnalité entre la détention des actions (propriété) et celle des droits de vote (pouvoir) y est peu respectée. Les mécanismes utilisés pour assurer la dissociation sont nombreux : actions sans droit de vote ou à droits de vote multiples, pyramides, participations croisées, plafonnement des droits de vote en assemblée générale, commandite en actions. Près de la moitié des entreprises européennes utiliseraient au moins un mécanisme de renforcement du pouvoir, la proportion étant de 72% en France et de 66% en Suède.
Comment se caractérise la situation française ?
L’AFG (Association française de la gestion financière) réclame l’application du principe «une action, un vote». En pratique, deux mécanismes principaux de divergence ont cours en France : les structures d’actionnariat en forme de pyramide - quand la détention s’effectue via plusieurs sociétés cotées - fréquentes également dans les autres pays européens et les droits de vote doubles spécifiques à la France. Les actions à droit de vote double sont cotées sur la même ligne que les actions à vote simple, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays.
Quels sont selon vous les effets de ces structures d’actionnariat ?
Les études antérieures n’ont pas tranché la question du point de vue de la valeur de l’action, l’effet négatif étant sans doute limité. Dans notre étude, nous analysons, sur une période allant de 1998 à 2003, l’impact des mécanismes de renforcement du contrôle par les sociétés françaises sur la liquidité du marché de leur action. Nous montrons que l’impact de la concentration de l’actionnariat sur la liquidité dépend de la technique de dissociation utilisée. Ainsi, dans le cas d’un actionnariat pyramidal, l’effet sur la liquidité est négatif : ce type de structure est source d’opacité pour les minoritaires présents aux différents niveaux. En revanche, et de façon plutôt surprenante, dans le cas de droits de vote doubles, la divergence peut améliorer la liquidité. De fait, les droits de vote doubles à la française sont fonction d’une certaine durée de détention et la vente de l’action entraîne la perte des droits de vote si bien que le système dissuade les allers-retours des actionnaires principaux. Du même coup, les transactions d’initiés sont moins probables et le minoritaire voit la liquidité - liée à l’asymétrie d’information - de son titre accrue. Cet effet est très fort, surtout pour les firmes les plus petites.
Plus d'articles du même thème
-
BNP Paribas et Caceis veulent sortir du métier des services aux émetteurs
Les deux banques sont entrées en négociations exclusives pour céder Uptevia à Euroclear. Elles avaient mis en commun leurs activités dans cette coentreprise en 2023. -
Nest est prêt à miser gros sur le capital-risque
Alors que la réforme des pensions britanniques incite les institutionnels à recentrer leurs investissements au Royaume-Uni, le plus important fonds de pension britannique envisage de quasi-doubler ses investissements dans le capital-risque. -
Chargeurs privilégie une offre de rachat d’actions au versement d'un dividende exceptionnel
Le conglomérat familial compte lancer une offre publique de rachat d’actions (OPRA) au prix de 14 euros par action, soit près du double du cours avant l’annonce.
ETF à la Une
Les ETF d’actions américaines signent un retour en force au deuxième trimestre
- La nouvelle hausse du Livret A coûtera plus de 800 millions d’euros aux banques
- La Corée, un tigre asiatique qui commence à vieillir
- Christine Lagarde pourrait quitter la BCE plus tôt que prévu à cause de la présidentielle française
- Les actions coréennes approchent du bear market
- L’éthique algorithmique s’imposera bientôt au secteur financier
Contenu de nos partenaires
-
François-Noël Buffet proposé au poste de Défenseur des droits : pourquoi ça coince ?
Emmanuel Macron a proposé de nommer le sénateur LR au poste de Défenseur des droits pour succéder à Claire Hédon. Mais ses positions passées contre le mariage homosexuel ou la PMA crispent la gauche et le monde associatif. -
860 millions d'euros d'économies pour la France : l'Europe revoit les règles du chômage des frontaliers
Le Parlement européen a voté en faveur d’une révision des règles sur l'indemnisation du chômage des travailleurs frontaliers : à présent, c’est le pays du dernier emploi qui versera les allocations chômage des frontaliers, et non plus le pays de résidence. Une victoire pour la France -
Le projet de loi sur la justice criminelle vers une adoption définitive, sans le « plaider coupable »
Députés et sénateurs ont trouvé mercredi matin un accord sur le projet de loi sur la justice criminelle. Le texte porté par Gérald Darmanin devrait donc être adopté définitivement malgré l'examen d'une motion de rejet venue de la gauche