La Russie se dote d’un poids lourd dans le secteur de la potasse
Séparés en 1983, Uralkali et Silvinit vont de nouveau faire cause commune. Les deux producteurs russes de potasse ont fait part lundi de leur projet de fusion via le lancement d’une offre mixte. Uralkali va racheter 20% du capital de Silvinit pour 1,4 milliard de dollars en numéraire à un courtier moscovite. Puis le groupe finalisera le rapprochement via un échange de titres. Au cours de clôture de vendredi dernier, la capitalisation boursière de la nouvelle entité avoisine les 24 milliards de dollars. Uralkali lancera une émission d’obligations à trois ans d’un montant de 50 milliards de roubles (1,6 milliard de dollars) et émettra 1,2 milliard de nouvelles actions.
Pour les analystes de Deutsche Bank, l’offre ne paraît pas très attractive pour Silvinit puisqu’elle valorise l’activité à un discount de 40% par rapport à Uralkali. La part de l’offre en numéraire représente 10,15 fois l’Ebitda de Silvinit sur douze mois glissants, comparé à un multiple de 20,87 dans le cas de l’offre avortée de BHP sur Potash Corp. Derrière la fusion dévoilée hier se tient le milliardaire russe Suleiman Kerimov, qui détiendra 16,1% de l’ensemble fusionné. Avec le soutien d’associés, il s'était installé au capital des deux sociétés entre juin et août, ce qui avait alimenté les spéculations sur un rapprochement imminent. Uralkali a indiqué que l’opération avait déjà recueilli le soutien de plus de la moitié de ses actionnaires et celui de 67% des détenteurs de titres Silvinit.
Avec une capacité globale de production de 10,6 millions de tonnes en 2010, le nouvel ensemble va se rapprocher du canadien Potash Corp (12,8 millions de tonnes) et de l’américain Mosaic (11,2 millions). Cette phase de consolidation se déroule alors que la demande en engrais, dont la potasse est un ingrédient essentiel, repart à la hausse à la suite d’aléas climatiques survenus en Russie ou au Canada. En donnant naissance à un nouveau poids lourd, l’opération pourrait par ailleurs rebattre les cartes sur le terrain de l’exportation, qui se fait aujourd’hui au travers de deux organismes : Canpotex et Belarusian Potash Company (BPC). Selon le Financial Times, si Uralkali-Silvinit et Belarulski se plaçaient sous la même ombrelle de BPC, ils contrôleraient près de 35% du marché de potasse à l’exportation. Un cartel qui aurait du poids face à la Chine, l’Inde ou le Brésil.
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