La réforme espagnole des énergies vertes met les investisseurs sous tension

La baisse des subventions et la limitation de la rentabilité des projets irritent les investisseurs, prêts à porter l’affaire en justice
Isabelle Birambaux, à Madrid

La réforme espagnole du système de rémunération des installations d’énergies renouvelables, qui prévoit une réduction des subventions et une limitation de la rentabilité des investissements, provoque de vives tensions.

L’adoption vendredi de la nouvelle loi a fait monter au créneau de nombreux investisseurs qui prévoient de déposer plusieurs plaintes contre l’Espagne «auprès de la chambre de commerce de Stockholm et du tribunal d’arbitrage de la banque mondiale», explique Robert Tornabell, professeur de finances à l’ESADE Business School.

Pour Sonia Franco, porte-parole de l’Association des Entreprises Eoliennes (AEE), «cette réforme va provoquer une insécurité juridique en Espagne. Une de nos craintes est qu’elle va faire fuir les investisseurs et entraîner des licenciements». Un avis partagé par Robert Tornabell: «Les investisseurs disent que l’Espagne est un pays qui n’est pas sérieux et qui ne respecte pas ses engagements».

Mais pour le ministre de l’industrie, José Manuel Soria, il était urgent d’en finir avec le déficit tarifaire du secteur de l'électricité, qui atteint 26 milliards d’euros. Il a assuré que cette année son augmentation serait «proche de zéro». Pour le résorber, le gouvernement a décidé de remettre en question le système de primes accordé aux installations qui produisent des énergies vertes. Alors qu’en 2013, il avait bénéficié de 9 milliards d’euros, il percevra en 2014 7,3 milliards d’euros de subventions, soit 15% de moins.

Les investisseurs grognent non seulement en raison de ces coupes budgétaires mais aussi du plafonnement du taux de rentabilité de leurs investissements. «On avait promis aux investisseurs une rentabilité de 20% par an. La nouvelle loi aligne cette rentabilité sur le rendement de la dette publique espagnole à 10 ans en y ajoutant une prime, pour un rendement total qui ne devra pas dépasser 7,5%», explique Robert Tornabell.

C’est une loi «injuste et injustifiée», clame Sonia Franco, qui estime que les restrictions dans l’éolien vont porter préjudice à un secteur particulièrement en pointe en Espagne «alors que l’on ne cesse de répéter qu’il faut industrialiser la péninsule». «Cette réforme ne satisfait personne», conclut Robert Tornabell

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