La qualité de crédit d’Areva flirte avec la catégorie spéculative
Le soutien du gouvernement français ne suffit plus à garantir la qualité de crédit d’Areva. S&P a jeté un pavé dans la mare mardi en abaissant de deux crans à «BBB-» la note émetteur que l’agence attribue au groupe nucléaire français. Même si la perspective de la note est stable, Areva est relégué à un cran de la catégorie spéculative. «Une des raisons de la perspective stable est que l’agence a des exigences modestes, puisque celles-ci sont compatibles avec une note intrinsèque de seulement bb-» explique Aurel BGC.
En effet, sa note intrinsèque s’enfonce dans la catégorie «junk» de «bb+» à «bb-», Areva ne devant son salut qu’au soutien éventuel de l’Etat français (actionnaire à 87%) que S&P gratifie de deux crans supplémentaires. Or, la qualité de ce soutien commence à s’étioler aux yeux des marchés. «Le fait que la société soit détenue par l’Etat français a été un point de support très important, mais à présent que les investisseurs sont nerveux concernant la dette française, Areva ne bénéficie plus de ce soutien» explique Orjan Pettersson, gérant obligataire chez Seb Asset Management.
Conséquence: les investisseurs demandent un rendement de 5,5% pour détenir les obligations Areva, soit 189 pb de plus que l’indice Bank of America retraçant les obligations des «Utilities» européennes, un plus haut depuis novembre 2009. La marge d’«asset swap» (ASW) contre le Bund allemand sur l’obligation Areva à échéance 2021 s’est envolée de 280 pb en six mois à 480 pb selon Bloomberg, contre une marge de 203 pb pour l’obligation de même échéance d’EDF et 204 pb pour celle de GDF Suez. Areva a 4,25 milliards d’euros d’obligations sur le marché, dont 1,25 milliard doivent échoir en 2016, et sa dette se montait à 2,8 milliards en juin dernier, soit 2,5 fois son Ebitda, selon S&P. L’agence dit s’attendre à ce que le ratio de cash flow d’exploitation (FFO) sur la dette ajustée soit seulement de 10-15% en 2012-2013, à comparer à une prévision antérieure de 20%.
Et «l’avenir à long terme de la société est incertain après Fukushima et la dérive de l’EPR, sans compter les erreurs stratégiques d’Anne Lauvergeon avec l’acquisition d’UraMin, ou même l’échéance électorale française de juin 2012», estime Aurel BGC. Dans ce contexte, le courtier privilégie les obligations les plus courtes, et notamment l’obligation Areva de coupon 3,875% à échéance 2016 cotant ASW + 276 pb.
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