La justice devra se prononcer sur la double peine du délit d’initiés Pechiney
Les magistrats français vont-ils appliquer la jurisprudence européenne Grande Stevens dans l’affaire Pechiney ? Cet arrêt de la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) du 4 mars 2014 a déclaré à l’unanimité qu’une même personne ne pouvait être poursuivie deux fois pour les mêmes faits. En l’espèce, l’auteur d’une manipulation de marché, déjà condamné par le régulateur italien, ne peut être poursuivi au pénal pour les mêmes faits.
Le tribunal correctionnel de Paris rendra son délibéré le 26 septembre prochain dans une affaire similaire. Lors de l’OPA d’Alcan sur Pechiney, un banquier est soupçonné d’avoir transmis une information privilégiée à trois autres personnes qui ont pu dégager des plus-values de 0,8 à 1,5 million d’euros. Ces mis en cause ont été condamnés par l’AMF en décembre 2008 à des amendes de 100.000 euros à 1,5 million d’euros. La cour d’appel de Paris, puis la Cour de cassation ont rejeté l’une et l’autre les recours déposés.
Dans le cadre de la procédure au pénal, la procureure financière adjointe, Ulrika Delaunay-Weiss, a confirmé ses réquisitions à l’audience. Elle réclame non seulement des amendes pécuniaires, allant jusqu’à 2 millions d’euros, mais aussi des peines de prison, et même un an ferme à l’encontre de deux prévenus. «Il est très rare que des peines d’emprisonnement fermes soient prononcées en la matière et assorties d’un mandat de dépôt ou d’arrêt, comme cela a été requis en l’espèce. La procureure a invité le Tribunal à faire un exemple et à donner un avertissement au monde de la finance», précise Charlotte Plantin, avocat chez Solferino Associés, défendant l’un des mis en cause.
Mais surtout la défense a plaidé l’abandon des poursuites en invoquant l’article 4 du protocole 7 de la Convention des Droits de l’Homme, fondement de la décision Grande Stevens. Reste à savoir si la cour en tiendra compte. «Dans le dossier Altran, jugé le 4 juin dernier, le tribunal correctionnel s’est refusé à appliquer le principe ne bis in idem, à nouveau consacré par la CEDH dans l’arrêt Grande Stevens, et hier la procureure n’en a pas davantage tenu compte, ajoute Charlotte Plantin. Si nous perdons en première instance, nous irons jusqu’en cassation. Mais dès le délibéré, nous pourrions saisir la Cour européenne des Droits de l’Homme qui condamnera la France».
L’affaire EADS, qui passera en correctionnelle en octobre prochain, pourrait apporter de nouveaux rebondissements.
Plus d'articles du même thème
-
La victoire de Lula fait vaciller les marchés brésiliens
Le président brésilien sortant a battu Flavio Bolsonaro à la surprise générale avec 51,8% des suffrages. Les investisseurs avaient parié sur la victoire du fils de l’ancien président, plus pro-marché. Le real chute de 9% face au dollar et la Bourse de 14%. -
Les entreprises payent plus cher leurs émissions obligataires
Les transactions ont repris la semaine passée sur le marché primaire euro. La demande est là mais exige d'être rémunérée pour un niveau de risque jugé plus élevé. -
Microsoft propose à 60.000 salariés de quitter l'entreprise
Le géant américain de la technologie veut continuer à réduire ses effectifs. Il propose un plan de départ volontaire à plus d'un quart de ses salariés. Seuls les Etats-Unis, le Canada, l'Inde et le Royaume-Uni sont concernés.
ETF à la Une
Amundi commercialise ses premiers ETF actions gérés activement
- Une panne de Google Cloud a paralysé Revolut et d'autres banques plusieurs heures
- La Société Générale rend 54 salariés de sa filiale titres à UniCredit en Italie
- Le diable se cache dans les détails, Safran l'apprend à ses dépens
- Bred Banque Populaire rachète des activités d’Oddo BHF en Allemagne
- Le taux souverain français dépasse 5%
Contenu de nos partenaires
-
IdiocratieParcoursup ou le tabou français de la sélection
Le gouvernement promet de réformer Parcoursup en 2027 avant de remplacer la plateforme en 2028. Derrière la mobilisation lycéenne, une bataille plus profonde se joue : celle de la sélection et de la valeur des diplômes -
Victoire à la PyrrhusBrésil : pourquoi le nouveau mandat de Lula s'annonce difficile
Le président brésilien de gauche peut se réjouir de sa spectaculaire remontada mais la forte progression du nombre de parlementaires bolsonaristes devrait compliquer son mandat -
EditorialVive la sélection à l’université !
Dans une société qui postule la singularité de chaque individu, la sélection ne peut pas ne pas exister. Et ce n’est pas une mauvaise chose