La justice chamboule la responsabilité des entreprises dans le M&A
C’est un revirement majeur de jurisprudence. Le 25 novembre, la Cour de cassation a rendu un arrêt précisant qu’en cas de fusion-absorption, la société absorbante peut être condamnée pénalement (amende ou confiscation) pour une infraction commise par la société absorbée avant l’opération. Une mini-révolution en droit pénal, puisque la règle jusqu’alors énoncée par la juridiction française la plus élevée était de considérer que la responsabilité pénale était attachée à l’auteur de l’infraction, en vertu du principe de l’égalité des délits et des peines. «Le raisonnement des juges était jusqu’à présent d’assimiler la personne morale à une personne physique décédée, or on ne peut pas condamner pénalement un individu pour les faits commis par un défunt, souligne Alexis Werl, avocat associé chez McDermott, responsable du département contentieux et droit pénal des affaires. Cette approche anthropomorphique a été battue en brèche depuis plusieurs années par la Cour de justice de l’Union européenne, au profit d’une approche plus économique. En effet, lorsqu’une société est absorbée, elle disparaît juridiquement, mais son activité se poursuit au sein de l’entité absorbante.»
Le verrou a fini par sauter en raison d’une décision de la Cour européenne des droits de l’Homme de 2019. Après avoir considéré qu’une personne physique ne pouvait pas être condamnée pour les délits commis par une autre, elle a précisé son raisonnement l’an dernier en excluant les personnes morales de sa décision. «L’arrêt de la Cour de cassation n’est en soi pas une surprise. Le droit pénal était encore le dernier bastion, en France, qui résistait à la jurisprudence de la Cour de justice et de la Cour européenne des droits de l’homme », constate Fabrice Fages, associé du bureau parisien de Latham & Watkins, chargé du département contentieux. Le bastion est donc tombé, tout du moins pour les sociétés anonymes et les sociétés par actions simplifiées. « L’ensemble des formes sociales ne sont pas concernées, sauf en cas de fraude, mais cela ne va faire qu’accentuer notre vigilance. Il ne serait en effet pas surprenant qu’à terme, la jurisprudence aille au-delà», pressent Fabrice Fages.
En évitant que la fusion-absorption ne fasse obstacle à la responsabilité pénale des sociétés, cet arrêt fait de facto peser un risque supplémentaire sur la tête de la société absorbante. Outre le risque de réputation liée à une condamnation, des sanctions pécuniaires d’envergure peuvent être décidées, comme dans les cas de corruption internationale. En revanche, les sanctions d’interdiction d’exercice et de fermeture d’établissement sont exclues.
Plus d'articles du même thème
-
Les ambitions d'UniCredit concernant Commerzbank peinent à séduire
UniCredit a publié des résultats au-dessus des attentes et revendique un trimestre record. L’italienne détaille également son projet d’intégration de Commerzbank. Malgré tout, les investisseurs préfèrent prendre leurs bénéfices. -
Segro accepte de soutenir la dernière offre de rachat de Prologis
L’entreprise de logistique britannique a finalement accepté la quatrième offre de reprise de son concurrent américain Prologis pour 14 milliards de livres. -
Dassault Systèmes confirme l'acquisition d'ArisGlobal et ses ambitions annuelles
L'éditeur de logiciels a annoncé la reprise du groupe américain pour 1,8 milliard de dollars à l'occasion de la publication de ses comptes trimestriels. Les investisseurs apprécient.
ETF à la Une
T. Rowe Price lance un ETF multi-crypto à gestion active
- La BFI de Bred Banque Populaire veut tout avoir d’une grande
- Le secteur technologique donne des signes de craquements en Bourse
- Le rapport de la Commission sur la compétitivité bancaire peine à convaincre
- Les marchés se préparent à un discours ferme de la BCE
- Dassault Systèmes voudrait racheter l'américain ArisGlobal pour 2 milliards de dollars
Contenu de nos partenaires
-
L'art de perdre« Si on double le score d’Hidalgo, ce sera un exploit » : comment toute la gauche hors LFI a intégré sa défaite en 2027
Plus que la présidentielle, jugée perdue d’avance, ce sont les législatives, voire les régionales de 2028, qui préoccupent des formations de gauche et écologistes passées en mode survie -
Fin de sessionLFI : à l'Assemblée, la stratégie de la terre brûlée
A mesure que le RN s'associe au gouvernement, LFI se construit en adversaire résolu. Dans l'hémicycle, chaque défaite est pensée comme une victoire politique au service de la campagne de Jean-Luc Mélenchon -
EditorialMeurtre à Crépol : regarder en face le « racisme anti-blanc »
Il ne faut pas se laisser piéger par les communautaristes patentés qui prônent une hiérarchie dans la haine raciale, ni par la clique sociologisante qui réfute ce racisme appliqué aux Blancs au prétexte qu'il ne relèverait pas d'une oppression systémique