La fondation KPN veut contraindre America Movil à relever son OPA
Le droit des sociétés néerlandais n’est pas seulement favorable d’un point de vue fiscal. Il est aussi d’une redoutable efficacité en matière de protection du capital. Carlos Slim, le magnat mexicain des télécoms, vient de l’apprendre à ses dépens. Son opérateur, America Movil, risque en effet de devoir renoncer à son OPA sur KPN en raison de l’opposition de la fondation indépendante du groupe néerlandais. Celle-ci, comme le droit l’y autorise, se dit prête à exercer son option pour acheter des actions préférentielles ce qui lui donnerait 50% des droits de vote de KPN. Une pilule empoisonnée inacceptable pour Carlos Slim. Vendredi, America Movil menaçait de retirer purement et simplement son projet d’OPA de 7,2 milliards d’euros sur l’opérateur néerlandais dont il détient déjà 30% du capital. Le cours de l’action KPN a chuté de 3,41% à 2,21 euros, en dessous du prix de l’OPA de 2,4 euros par action.
«La décision n’a pas été prise à la légère», a reconnu vendredi Jaques Schraven, le président de la fondation. Celle-ci pourrait en effet priver les actionnaires de KPN d’un moyen de vendre à bon prix leurs actions alors que le cours de l’opérateur a été divisé par trois en deux ans. Jaques Schraven a expliqué qu’il était difficile de déterminer si l’offre d’America Movil était équitable pour les différentes parties prenantes de KPN. Il a toutefois laissé la porte ouverte à America Movil en lui proposant d’engager de nouvelles discussions. Ce dernier n’a pas répondu à sa proposition.
Le blocage de la fondation intervient alors que Telefonica a accepté la semaine dernière de relever son offre d’achat sur E-Plus, la filiale allemande de KPN. La fondation pourrait ainsi chercher à forcer la main de Carlos Slim pour l’obliger à relever au moins d’autant le prix de son OPA sur KPN.
Les entreprises néerlandaises ne sont pas les seules à placer leur indépendance sous la protection d’une fondation (Stichting). Euronext avait ainsi créé une fondation néerlandaise lors de sa cotation pour assurer le respect de l’autonomie des réglementations des différentes places la composant. De droit néerlandais, l’alliance Renault-Nissan peut également émettre des actions préférentielles pour repousser toute OPA jugée hostile. Air France-KLM, EADS ou STMicroelectronics disposent eux aussi d’un tel bouclier.
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