La flambée de l’action menace le fragile équilibre du capital d’EADS
L’Allemagne ne veut pas voir EADS tomber entre n’importe quelles mains. Selon des sources gouvernementales, Berlin pourrait prendre une part plus importante que prévu au capital du groupe d’aéronautique et de défense. Alors qu’il s’est engagé en novembre 2011 à acheter, via la banque publique KfW, 7,5% d’EADS auprès de Daimler, l’Etat serait prêt à monter jusqu’à 12%. Une ligne de 1,6 milliard d’euros aurait été réservée dans le projet de loi de Finances rectificative.
Ces titres EADS sont détenus par Dedalus, un consortium d’investisseurs allemands, comprenant notamment Deutsche Bank, Allianz et plusieurs Etats. Il avait acquis 7,5% du capital d’EADS auprès de Daimler en 2007 à un cours d’environ 23 euros par action. Mais aujourd’hui, compte tenu de la valorisation d’EADS, revenue aux niveaux d’avant la crise de l’A380 en 2006, à plus de 30 euros par action, certains membres de Dedalus souhaitent empocher leur plus-value.
Ces ventes de titres embarrassent toutefois Berlin. Le gouvernement est réticent à entrer au capital d’une entreprise privée, aussi stratégique soit-elle, encore plus à un moment où les questions de finances publiques sont politiquement sensibles. Acheter 12% du capital d’EADS nécessiterait de mobiliser 3 milliards d’euros. Cette entrée directe de l’Etat allemand au capital risque aussi de bousculer l’équilibre du conseil d’administration. Actuellement, un accord entre la France et l’Allemagne stipule qu’aucun représentant direct des deux Etats ne siège au conseil d’administration. Mais avec 12% du capital, et pour défendre ses intérêts, Berlin pourrait demander une place, alors que tous les membres du conseil doivent être renouvelés à l’assemblée générale du 31 mai.
La montée de l’Etat allemand est également vue d’un mauvais œil par Tom Enders. Craignant des interférences sur la gouvernance, le futur président exécutif d’EADS s’est régulièrement prononcé contre cette solution, militant pour un placement des actions sur le marché. Mais il faudrait alors que le camp français, représenté par l’Etat et Lagardère, accepte lui aussi de vendre des titres pour maintenir l’équilibre franco-allemand à 22,5% chacun. Compte tenu des élections, l’issue est impensable à court terme pour Paris. Quant à Arnaud Lagardère, appelé à devenir président du conseil d’EADS, et dont le cours de l’action du groupe dépend directement de celui d’EADS, il n’a pas intérêt non plus à s’alléger à court terme.
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