La crédibilité de la direction d’Ubisoft est remise en question après son avertissement

Certains analystes préfèrent néanmoins regarder les deux prochains exercices, qui devraient afficher des résultats opérationnels records
Bruno de Roulhac

Une chute à relativiser. Si Ubisoft a dévissé hier de 26,15% à 8,19 euros au lendemain du violent avertissement sur son exercice clos fin mars 2014, des analystes affichent toujours leur confiance. «Il ne faut pas surestimer l’impact réel d’une telle annonce sur la valorisation fondamentale d’un titre comme Ubisoft, note Aurel BGC. Ces jeux sont toujours voués à générer d’importants revenus, avec seulement un décalage de six mois».

D’ailleurs, l’éditeur table sur un résultat opérationnel record en 2014-2015 et 2015-2016, visant pour le moment au moins 150 millions et 200 millions d’euros. Cette prévision pour l’an prochain est bien au-dessus du consensus, à 100 millions, «mais semble prudente au regard du line-up et des deux rajoutés l’an prochain, relève Natixis. Nous estimons qu’un jeu à risque a prudemment été retiré de la guidance».

Cependant, les objectifs 2014-2016 «sont trop éloignés pour constituer une réassurance, note CM-CIC. Ce warning majeur rappelle les vieux démons du groupe: manque de visibilité […], difficulté à sortir plus d’un blockbuster par an, incapacité à générer du free cash flow dans un marché très concurrentiel».

L’éditeur de jeux vidéo a décidé de repousser la sortie de deux jeux majeurs, Watch Dogs et The Crew sur son prochain exercice. En conséquence, Ubisoft a revu sa fourchette de chiffre d’affaires pour 2013-2014 de 1,42-1,45 milliard d’euros à 0,995-1,045 milliard, et anticipe une perte opérationnelle de 40 à 70 millions, au lieu d’un bénéfice de 110 à 125 millions. Aussi, sur l’exercice le groupe devrait brûler environ 160 millions d’euros de cash estiment des analystes.

«Le groupe a fait le choix stratégique de sacrifier l’exercice en cours […] pour privilégier les deux exercices suivants à plus forts potentiels», explique Natixis. «Le potentiel commercial de ces jeux sera supérieur au premier semestre 2014-2015, dans une période moins concurrentielle que la fin de l’année, et alors que le parc de consoles de nouvelles génération aura décollé», ajoute CM-CIC.

Toutefois, tous les analystes relèvent la perte de crédibilité de la direction après cet avertissement. Si pour cette raison, Kepler Cheuvreux est passé négatif sur la valeur, «nous restons convaincus sur le potentiel de croissance d’Ubisoft avec l’avènement de la prochaine génération de consoles», note Exane BNP Paribas, réitérant une opinion positive sur le titre.

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