La catastrophe nippone compromet le renouveau du nucléaire civil
Les graves incidents qui touchent la centrale atomique de Fukushima, à la suite du séisme et du tsunami qui ont frappé le Japon, devraient conduire plusieurs pays à revoir leur programme de développement nucléaire civil. Cela s’applique d’abord à l’Archipel qui projetait de construire 14 nouveaux réacteurs en plus des 54 dont il dispose actuellement. Le gouvernement entendait relever «de 30 à 40% d’ici à 2020 la part du nucléaire dans les besoins énergétiques du pays», ce qui aurait contribué à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Un message désormais bien plus difficile à faire passer auprès de l’opinion publique.
Si la Turquie a déclaré qu’elle laisserait ses projets inchangés, l’Inde a fait entendre un autre son de cloche. «Cet événement pourrait considérablement ralentir notre programme nucléaire civil», a déclaré Shreyans Kumar Jain, président du groupe public Nuclear Power Corp. of India. Cela pourrait provoquer, au détriment d’Areva, un report de commande «de deux réacteurs situés dans la région sismique de Jattapur», relèvent les analystes d’Aurel BGC. La Chine, qui veut faire passer de 13 à 27 le nombre de ses réacteurs d’ici à 2015, va «renforcer ses exigence en termes de sécurité ainsi que la surveillance des centrales». Un raisonnement qui devrait également s’appliquer au parc nucléaire américain, selon le sénateur du Connecticut Joseph Lieberman.
Au Royaume-Uni, où EDF devrait développer des centrales de type EPR, les autorités de sûreté nucléaire devront examiner les conséquences de cette catastrophe «à la fois sur les centrales existantes et sur le nouveau programme nucléaire», a expliqué le ministre de l’énergie Chris Huhne. En France, la ministre de l’écologie Nathalie Kosciusko-Morizet a estimé que le renoncement au nucléaire, à l’origine de 80% de la production électrique de l’Hexagone, n’était pas d’actualité, tandis qu’en Allemagne, l’accord permettant de prolonger la vie des 17 centrales atomiques du pays a été suspendu pour trois mois par Angela Merkel.
«Hormis peut-être en Chine, cette tragédie pourrait remettre en cause le nouvel essor du nucléaire, faisant du gaz la seule option par défaut», jugeait hier un rapport de la Société Générale. Soumise à des contraintes de sécurité renforcées nécessitant des investissements supplémentaires, la filière nucléaire devrait avoir du mal à sortir indemne de cette défiance accrue.
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