La bataille sur les contenus commence
Une nouvelle méga-fusion en perspective pour créer un géant du contenu audiovisuel (cinéma et télévision). Si Time Warner vient de rejeter une offre de plus de 75 milliards de dollars (55 milliards d’euros) de la 21st Century Fox, les jeux sont loin d’être faits. D’aucuns estiment que le groupe du magnat de la presse Rupert Murdoch ne devrait pas lâcher sa proie malgré cette fin de non-recevoir, et pourrait relever son prix. L’action Time Warner rebondissait hier de 18% en séance autour de 84 dollars.
A la suite des rumeurs du New York Times évoquant une offre mixte de 80 milliards de dollars (59 milliards d’euros), 21st Century Fox a confirmé hier avoir fait une proposition «le mois dernier», tandis que Time Warner a déclaré avoir reçu une offre mixte de 32,42 dollars en cash et 1,531 action (sans droit de vote) de la Fox par titre Time Warner, soit un total de 86,30 dollars sur la base du cours de mardi de la Fox, valorisant la cible 76 milliards de dollars.
Mais le conseil d’administration de Time Warner a considéré qu’il «n’était pas dans le meilleur intérêt de ses actionnaires d’accepter la proposition ou de poursuivre des discussions avec la 21st Century Fox» estimant que son plan stratégique «créera significativement plus de valeur» et «est supérieur à toute offre que pourrait faire la 21st Century Fox». Cette dernière assure ne pas être «actuellement» en discussion avec Time Warner. Le marché mise pourtant sur une offre, l’action s’approchant hier en séance du prix offert par la Fox.
Pour se défendre, Time Warner se plait à rappeler que le groupe a offert à ses actionnaires un rendement total (TSR) de plus de 150% depuis 2008, soit près de trois fois celui offert par le S&P 500. La cible invoque également les risques stratégiques, opérationnels et réglementaires liés à une opération d’une telle envergure, et s’interroge sur la capacité de 21st Century Fox à gérer un groupe de cette taille. Time Warner est conseillé par Citigroup et la Fox par Goldman Sachs.
La création d’un tel géant, qui dégagerait plus de 60 milliards de dollars de chiffre d’affaires, permettrait de dégager au moins un milliard d’économies de coûts, notamment avec les réductions des équipes commerciales et administratives selon la Fox, précisent des sources proches du dossier. Une révision à la hausse des synergies pourrait permettre de relever le prix d’offre… Afin de prévenir d’éventuels problèmes de concurrence, la Fox serait déjà prête à céder CNN, selon le New York Times.
Les deux groupes semblent pourtant prêts à se marier pour former un géant du contenu (télévision et cinema), après s’être récemment séparés de leurs activités de titres de presse et d’éditions (Time et NewsCorp) pour la Fox, et de câblo-opérateur (Time Warner Cable) pour Time Warner. Un tel ensemble aurait alors plus de force pour négocier face au futur géant du câble Comcast, qui est en train de se marier avec Time Warner Cable.
Murdoch a déjà entamé les grandes manœuvres en Europe. En effet, BSkyB, détenu à 39% par la Fox, a engagé depuis le mois de mai des négociations pour créer un leader de la télévision payante en rachetant ses filiales Sky Deutschland et Sky Italia, détenues respectivement à 55% et à 100% par le groupe de la famille Murdoch. Une opération qui pourrait atteindre 10 milliards d’euros.
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