Iliad ne répond plus
Habitué pendant de longues années à surclasser ses concurrents, Iliad erre depuis quelques semaines dans les profondeurs du classement. Vendredi, le cours de l’opérateur de télécoms a chuté de 5,22% à 90 euros, un niveau inconnu depuis début 2012. Cette séance noire porte à 26,59% le plongeon du titre depuis le début de l’année, soit la plus forte baisse de tout le SBF 120, loin devant les -13,66% de la Société Générale. En un an, Iliad a perdu un peu plus de la moitié de sa valeur (-53%), quand Orange n’a quasiment pas bougé et qu’Altice Europe a gagné 7%. L’indice Stoxx Telecoms a cédé seulement 10%.
Alors qu’Iliad ne publiera ses résultats 2018 que début mars, à une date non précisée, la chute de vendredi vient couronner la montée continue des inquiétudes sur le modèle de croissance du groupe de Xavier Niel. L’an dernier, pour la première fois de son histoire, l’opérateur de télécoms a perdu des clients dans le fixe, l’activité qui a fait sa richesse et qui lui a permis de financer une grande partie du développement de son réseau de téléphonie mobile.
Pour se relancer, Iliad misait sur le lancement début décembre 2018 de ses trois nouvelles Freebox, dont la Delta, censée, avec sa technologie et ses services, différencier de nouveau l’opérateur vis-à-vis de ses concurrents. A ce stade, aucun chiffre commercial n’a fuité, ce qui n’est jamais très bon signe. « Nous n’avons aucune information sur les ventes des Freebox, autre que les commentaires des concurrents qui disent n’avoir ressenti aucun impact », indiquent les analystes de Kepler Cheuvreux dans une récente note.
Les chiffres de fréquentation des sites internet de Free ne montrent pas non plus d’augmentation sensible du trafic, appuient les analystes. Un mauvais signe alors qu’internet constitue le premier réseau de distribution de Free. Haut de gamme, et très chère (près de 60 euros par mois, avec la location du boitier), la Freebox Delta a également brouillé l’image de Free, jusque-là construite sur le prix. Les analystes de Deutsche Bank s’attendent à une baisse de 4,7% du chiffre d’affaires d’Iliad dans le fixe au quatrième trimestre 2018, une accélération par rapport au repli de 3,8% subi au troisième trimestre.
Autre inquiétude : le développement de l’offre mobile en Italie. L’offre est un succès commercial. Lancé en mai 2018, Free Italia a déjà un peu plus de 2,2 millions de clients, soit 3% du marché. Mais ces clients ont été acquis à coups de petits prix (5,99 euros par mois), avant que Free Italia adopte une « approche plus rationnelle », souligne Deutsche Bank. Iliad a prévu que l’Ebitda de sa filiale italienne atteigne l’équilibre avec un peu moins de 10% de parts de marché, ce qui promet encore quelques trimestres de pertes. Le consensus attend 33 millions d’euros de pertes en Italie au quatrième trimestre.
Enfin, le lancement, probablement fin 2019, des enchères pour les fréquences 5G en France, fait peser un risque financier inconnu. Le montant de la facture dépendra du mode d’enchères retenu par l’Etat et la perspective du processus rend encore plus improbable à court terme une nouvelle tentative de concentration entre les quatre opérateurs français.
Dans ce contexte, les investisseurs s’interrogent sur la capacité d’Iliad à tenir son objectif, déjà légèrement abaissé en 2018, d’atteindre un solde Ebitda moins investissements en France d’environ un milliard d’euros en 2020. Le consensus a tiré un trait sur cet objectif : il est 30% inférieur à ce montant.
La montée des inquiétudes sur l’atteinte des objectifs de court terme a aimanté les vendeurs à découvert. Selon les données d’IHS Markit, un peu plus de 6% du capital d’Iliad fait l’objet de prêts, potentiellement pour nourrir des ventes à découvert. Xavier Niel contrôlant encore un peu plus de 50% du capital d’Iliad, c’est en réalité 12% du capital flottant qui fait l’objet de stratégie de ventes à découvert.
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