General Electric et Siemens se disputent Alstom
General Electric et Alstom voulaient prendre leur monde de vitesse. Les deux groupes espéraient annoncer dès ce matin le rachat par l’américain des activités énergie et transmission (grid) du groupe français. C’était sans compter sur le gouvernement et sur Siemens, qui a fait irruption dans le dossier avec une proposition d’échange d’actifs. Le conseil d’administration d’Alstom, dimanche, a préféré temporiser. Il «poursuit et approfondit sa réflexion stratégique» et informera le marché d’ici au mercredi 30 avril matin.
D’ici là, chacun devrait affiner ses arguments. Le PDG de GE, Jeffrey Immelt, dont le rendez-vous prévu avec le ministre de l’Economie Arnaud Montebourg hier a été annulé, devrait rencontrer dès ce matin le président François Hollande. Il pourra vanter la présence ancienne de GE en France, avec 10.000 employés et huit sites de production, notamment à Belfort, à deux pas d’Alstom.
Le groupe américain a remis une offre de rachat des activités énergie et grid (transmission électrique). Avec 16,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2012-2013, celles-ci pèsent près des trois quarts du chiffre d’affaires du groupe français. La branche transport, qui a dégagé 7,1 milliards d’euros de ventes pour une marge opérationnelle de 5,4% en 2012-2013, resterait en dehors du champ. Promise jusqu’à présent à une cotation, elle correspondrait dans ce schéma à ce qui resterait d’un Alstom coté en Bourse.
En face, Siemens n’a fait parvenir samedi à son concurrent français qu’une simple lettre d’intention. Le groupe allemand mettrait lui aussi la main sur l’activité énergie, valorisée entre 10 et 11 milliards d’euros, à l’exception des turbines nucléaires qu’il laisserait à des intérêts français, tout en apportant à Alstom ses trains à grande vitesse et ses locomotives. L’activité transport, avec le symbole national que constitue le TGV, resterait donc basée en France. Alors que certains observateurs font valoir le risque d’un «bain de sang social» en cas de mariage franco-allemand, Siemens garantirait aussi le maintien de l’emploi pendant trois ans.
Conseillé par Credit Suisse et Lazard, GE reste donc bien plus avancé dans son projet à ce stade. D’autant que Patrick Kron, le PDG d’Alstom, est allé solliciter le géant américain sous l’œil bienveillant de son premier actionnaire, Bouygues (29,3% du capital), qui cherche une porte de sortie. Trop petit, trop européen, consommant toujours plus de cash, le fabricant du TGV, épaulé dans ce dossier par Rothschild et Merrill, suscite depuis des mois des réflexions sur son avenir, y compris au sein du gouvernement. «Cela fait un moment que tout le monde a étudié tous les scénarios possibles. S’il y avait eu la volonté d’aboutir à un accord, les candidats n’auraient pas attendu ce week-end pour se manifester», juge un observateur.
Mais le gouvernement ne pouvait laisser filer sans réagir en quelques jours sous pavillon étranger un nouveau fleuron français - dont le sauvetage avait été mené il y a dix ans par un certain Nicolas Sarkozy, alors à Bercy. «General Electric et Siemens sont deux investisseurs importants en France et des acteurs de premier plan au sein de notre tissu industriel national. Le gouvernement est prêt à examiner leurs projets avec le souci de préserver les intérêts de la base industrielle de la France et à y participer financièrement», a indiqué hier Arnaud Montebourg dans un communiqué.
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