Faurecia suspend son augmentation de capital et son dividende
Faurecia a annoncé mardi reporter son augmentation de capital en raison de la dégradation des conditions de marché et suspendre le versement de son dividende au titre de 2021. L'équipementier automobile a également livré mardi des objectifs financiers intégrant Hella pour 2022 et publié des ventes en hausse organique au premier trimestre.
Faurecia comptait mener ce semestre une augmentation de capital pour refinancer un des prêts-relais lui ayant permis de racheter au début d’année le groupe allemand Hella pour 5,4 milliards d’euros.
«Compte tenu des récentes conditions de marché, Faurecia a décidé de ne pas encore lancer son augmentation de capital, dans l’attente de conditions de marché plus favorables», a annoncé le groupe mardi. Le prêt-relais lié à l'émission d’actions de Faurecia lui laisse jusqu'à février 2023 pour mener une augmentation de capital. Un autre prêt-relais, lié à une émission obligataire, accorde au groupe des marges de manoeuvre jusqu'à la mi-août 2023.
«Les marchés sont fermés ou quasiment fermés mais nous avons le temps», a déclaré le directeur financier, Michel Favre, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes.
Moins de 800 millions
Le dirigeant a expliqué que l’augmentation de capital n'était pas indispensable à la société. «Mais nous voulons faire [cet appel au marché] car dans un monde incertain il vaut mieux avoir une structure financière robuste», a-t-il souligné.
Michel Favre n’a pas donné le montant que le groupe pourrait lever, confirmant simplement qu’il serait inférieur aux 800 millions d’euros indiqués à l'été dernier. Ce chiffre correspondait à un scénario où Faurecia rachetait 100% du capital de Hella, or l’entreprise n’en a acquis que 81,5%. «Nous pouvons faire beaucoup moins que 800 millions d’euros», a assuré Michel Favre.
La banque Citi juge néanmoins que cette décision pourrait décevoir certains investisseurs qui espéraient que l’entreprise renoncerait à cet appel au marché.
«La société a raison de suspendre cette augmentation sans pour autant y renoncer car cette opération permettra d’accélérer son désendettement, ce qui est une bonne chose», tranche de son côté un analyste parisien.
Des engagements bancaires aménagés
Pour renforcer sa flexibilité financière, Faurecia a renégocié ses covenants, ou engagements bancaires, avec ses créanciers. Le covenant ne sera pas testé le 30 juin 2022. Au 31 décembre 2022, le groupe devra respecter un ratio de dette nette sur excédent brut d’exploitation (Ebitda) inférieur à 3,5 puis de 3 à fin juin 2023.
Faurecia a également décidé de suspendre exceptionnellement le versement de son dividende au titre de 2021 et de doubler le montant de son programme de cessions d’actifs de 500 millions à un milliard d’euros.
La société a justifié l’ensemble de ces décisions par la hausse des incertitudes liées au conflit en Ukraine et par les nouvelles restrictions dues au Covid-19 en Chine.
Le groupe a également dévoilé ses objectifs 2022 pour Forvia, le nouvel ensemble intégrant la consolidation de Hella sur 11 mois. Sur ce nouveau périmètre, le groupe compte enregistrer des ventes comprises entre 23 milliards et 24 milliards d’euros, ainsi qu’un taux de marge opérationnelle compris entre 4% et 5%. Il compte également dégager un flux de trésorerie net à l'équilibre. Ces projections se basent sur l’hypothèse d’une production mondiale de 74,2 millions de véhicules légers cette année.
Faurecia fait ainsi preuve de prudence, cette prévision de marché étant inférieure à celle de S&P Global Mobility (ex-IHS Markit), le cabinet de référence du marché, qui table sur 77,3 millions de véhicules légers pour 2022. «Les perspectives de Faurecia sont très prudentes», souligne l’analyste parisien.
Des ventes supérieures aux attentes au premier trimestre
L'équipementier automobile a communiqué ces projections alors que ses ventes ont progressé au premier trimestre. En données publiées, les ventes de Faurecia ont augmenté de 32,9% sur un an, à 5,32 milliards d’euros. Berenberg note que le groupe a dépassé la prévision moyenne des analystes d’environ 5%.
Hors effets de change et de périmètre, les ventes ont progressé de 1,1% sur les trois premiers mois de 2022, alors que la production automobile mondiale a parallèlement fléchi de 4,2%, selon des données de S&P Global Mobility citées par Faurecia. Les ventes du groupe enregistrent ainsi une surperformance de 530 points de base par rapport à l'évolution de la production automobile.
A la Bourse de Paris, l’action Faurecia cède 1,80% à 22,50 euros vers 13h20.
1% des ventes en Russie
Michel Favre a par ailleurs indiqué que la Russie avait représenté l’an passé un peu moins de 250 millions d’euros de revenus soit un peu plus de 1% du chiffre d’affaires cumulé de Faurecia et Hella. L’entreprise n’a pas d’exposition directe à l’Ukraine, a-t-il également précisé.
Le directeur financier a également estimé qu’il y «aurait encore des restrictions» sur l’approvisionnement en semi-conducteurs «jusqu’au premier semestre 2023 ou mi-2023», en raison de la forte hausse de la demande.
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