Eurofins intègre le CAC 40 en étant prêt à transcender la manne du Covid-19
La mémoire est sélective. Eurofins fera son entrée lundi au CAC 40, après une multiplication par cent de son cours de Bourse en 20 ans. Valorisé près de 24 milliards d’euros, le spécialiste de l’analyse des aliments, des produits pharmaceutiques, des analyses environnementales et de laboratoire se hissera d’emblée au 29e rang des plus grosses capitalisations de l’indice phare de la Bourse de Paris, devant Société Générale.
Cette entrée en fanfare peut facilement faire oublier que l’action avait perdu près de la moitié de sa valeur entre octobre 2017 et février 2019, sous les inquiétudes liées à l’endettement de l’entreprise et la pression des fonds spéculatifs qui vendaient massivement le titre à découvert.
Le groupe a su saisir l’opportunité de la crise du Covid-19 pour balayer les craintes et totalement rétablir sa situation financière à une vitesse fulgurante. «La profitabilité très élevée des ventes Covid a permis de réduire le levier d’endettement de façon impressionnante, Eurofins est aujourd’hui un groupe ‘déleveragé’ (désendetté, ndlr)», souligne Nicolas Tabor, analyste chez Stifel.
Le ratio de la dette nette divisée par l’Ebitda (excédent brut d’exploitation) ajusté, qui effrayait les marchés à 3,61 à la fin du premier semestre 2019 a été ramené à 1. L’endettement n’est plus un sujet.
Un effet Covid qui dure
Eurofins n’a jamais officiellement dévoilé les marges réalisées avec ses tests de dépistage du virus et ses tests sérologiques mesurant la production d’anticorps. «Ils avaient plus ou moins admis à l’oral en début d’année qu’elles dépassaient les 40%», note un intermédiaire financier. La marge du groupe dans son ensemble en a profité pour monter à 30,8% au premier semestre de cette année, contre 21,2% à la même période en 2020.
Doit-on craindre que le soufflet retombe avec la montée en puissance de la vaccination ? Pas forcément. D’abord parce que tous les scénarios sur la décélération des ventes liées au Covid se sont jusqu'à présent révélés trop prudents.
Au deuxième trimestre, le chiffre d’affaires d’Eurofins dans le Covid ne s’est inscrit «qu’en légère baisse par rapport au premier trimestre où il était proche des 400 millions d’euros», observe ainsi Oddo BHF. Le courtier juge les perspectives des ventes de tests du Covid toujours intéressantes compte tenu de la poursuite de l’émergence de nouveaux variants.
Le groupe n’exclut d’ailleurs pas que ses tests du Covid soient toujours nécessaires au-delà de 2021, bien que ses prévisions pour 2022 et 2023 n’en tiennent pas compte pour l’instant.
Reprise plus rapide du cœur de métier
Quand bien même l’éradication espérée du Covid-19 ferait disparaître les ventes liées au virus, l’activité de cœur de métier – hors Covid – montre une dynamique meilleure qu’attendu.
«A la suite des résultats du premier semestre, j’ai réévalué mes estimations 2022 à la hausse, essentiellement parce que l’activité de cœur de métier a rattrapé son retard plus vite que prévu», explique Nicolas Tabor, de Stifel.
Parmi les activités traditionnelles d’Eurofins, certaines innovations comme les tests de certification bio dans le domaine de l’alimentaire bénéficient d’une demande soutenue, de même que les tests environnementaux utilisant de nouvelles méthodes automatisées et robotisées.
En parallèle, les activités cliniques et pharmaceutiques, qui représentent plus de la moitié des revenus du groupe, tirent fortement l’activité. A côté des tests de diagnostic clinique pour les patients transplantés, des tests prénataux non invasifs, ou des tests en oncologie, l’activité Biopharma d’analyse de produits pharmaceutiques bénéficie d’une tendance particulièrement porteuse. «L’ampleur des investissements réalisés dans le domaine de la biotechnologie en général est sans précédent», soulignait en août Gilles Martin, le PDG d’Eurofins, aux analystes.
En Bourse, l’objectif de cours moyen de 107 euros du consensus FactSet, contre un cours à 125 euros, traduit une certaine prudence vis-à-vis de l’évolution des ventes associées au Covid. Mais le marché a bien conscience aussi que la solidité du profil de croissance d’Eurofins dépasse largement le cadre de la pandémie.
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