Eni a tout à gagner à se délester de son réseau de gaz
Eric Knight milite depuis des mois pour une telle décision. Actionnaire très minoritaire d’Eni (1%), l’investisseur activiste ne pouvait donc que se féliciter vendredi de la volonté affirmée du gouvernement italien de contraindre le groupe pétrolier à vendre sa participation de 50% au capital de Snam Rete Gas, la société qui gère le réseau de transport de gaz en Italie. Objectif du gouvernement, pressé en ce sens depuis quelques années par la Commission européenne: fluidifier la concurrence entre distributeurs de gaz qui auraient ainsi un accès équitable au réseau.
Stratégique, la participation a de grandes chances de passer entre les mains de la Caisse des dépôts italienne, premier actionnaire d’Eni (26,37%), avec un possible reclassement partiel sur le marché. Or, compte tenu des finances locales, il est probable que l’opération se fasse sans prime. Le marché n’espère d’ailleurs pas grand chose, conscient aussi qu’il faudra certainement attendre plusieurs mois avant que la transaction soit signée.
Cotée à Milan, l’action Snam Rete Gas a baissé en fin de semaine dernière. Le groupe capitalise 11,6 milliards d’euros. Avec la dette, 10,6 milliards d’euros, sa valeur d’entreprise monte à 22,2 milliards d’euros, soit environ 8 fois l’excédent brut d’exploitation estimé pour 2012. Un multiple proche de la moyenne des autres réseaux d’énergie, comme Enagas, Elia ou National Grid.
La cession à ce niveau rapporterait près de 6 milliards d’euros à Eni, soit environ 1,8 euro par action. Surtout, elle permettrait au groupe pétrolier de déconsolider la dette de Snam Rete Gas qui représente à elle seule le tiers de son endettement.
«Son niveau relativement élevé de dette par rapport aux fonds propres, 49% contre 25% pour ses comparables, a toujours placé Eni dans une situation de crédit moins confortable», rappellent les analystes de Bank of America Merrill Lynch. Avec un multiple de capitalisation des bénéfices (PER) de 7,2 fois pour 2012, Eni affiche d’ailleurs une décote de l’ordre de 20% par rapport au marché, ajoute BoA Merrill Lynch.
La vente de Snam Rete Gas rassurerait sur les capacités du groupe à financer à la fois ses nouvelles campagnes d’exploration et la distribution du dividende. En 2010, le pétrolier a reversé 3,7 milliards d’euros à ses actionnaires, soit un quart de sa marge brute d’autofinancement.
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