EDF et GDF Suez sonnés par le gel politique des tarifs de l'énergie
EDF et GDF Suez n’ont plus qu’à espérer une détente des cours du pétrole et du gaz dans les prochains mois. Alors que les prix ne cessent de progresser, les deux groupes ne pourront pas augmenter leurs tarifs pendant un an, contrairement à ce que la réglementation leur permettait d’anticiper. La décision a été confirmée hier par le Premier ministre François Fillon. Sans celle-ci, GDF Suez aurait pu mécaniquement relever ses prix de 7,5% en juillet 2011, en plus des 5% passés le 1er avril. EDF devra se contenter d’une hausse de 2,9% jusqu’au 30 juin 2012, soit quasiment deux fois moins qu’attendu.
Cette décision politique en vue des présidentielles de 2012 a lourdement fait chuter les actions des deux groupes hier. Le cours d’EDF, détenu à 84% par l’Etat français, a cédé 3,72%, soit une perte de capitalisation d’un peu plus de 2 milliards d’euros. Le groupe d’électricité misait sur la hausse des tarifs pour financer son programme d’investissement dans son parc de centrales nucléaires français. Fin mars, après l’impact de Fukushima, Deutsche Bank calculait qu’EDF devrait relever ses prix de 4,5% en moyenne par an au cours des cinq prochaines années pour couvrir le coût du capital nécessaire. L’activité française devrait consommer de la trésorerie sur toute la période.
Pour GDF Suez, détenu à 35% par l’Etat et dont le cours a perdu 1,93%, la perte de capitalisation atteint 1,2 milliard. Pour 1% de hausse du tarif réglementé non répercuté sur le prix de vente, le premier distributeur de gaz en France perd en effet 100 millions d’euros d’excédent brut d’exploitation (ebitda) annuel. La conséquence du gel décidé pour juillet est supportable, le troisième trimestre de l’année n’étant pas la période où les Français consomment le plus de gaz. Mais si le groupe doit renoncer à une nouvelle hausse en janvier prochain, le manque à gagner pourrait atteindre plusieurs centaines de millions d’euros. Lors de la précédente période de gel des prix décidé par le gouvernement, avant 2009, GDF Suez avait accumulé une perte de 2 milliards d’euros en deux ans et demi, pertes qui avaient été en partie rattrapées par la suite, une fois les prix libérés.
Tout n’est donc pas perdu pour les deux groupes. Mais comme le fait remarquer Oddo, cette décision donne «l’impression que quand des règles sont fixées, comme ce fut le cas en décembre 2009, elles ne peuvent finalement pas être considérées comme définitivement établies». Une incertitude politique difficilement acceptable pour les investisseurs.
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