Corporate America domine toujours l’Europe
La saison des résultats du deuxième trimestre s’ouvrait dans un certain climat de nervosité. Elle s’est révélée mitigée, avec une constante : les entreprises cotées américaines ont en moyenne fait mieux que leurs homologues européennes.
A la date du 2 août, où près de 70% des sociétés cotées avaient publié leurs comptes, le bénéfice net par action (BPA) et le chiffre d’affaires des entreprises membres de l’indice américain S&P 500 ont en moyenne progressé respectivement de 4,8% et de 5,1% par rapport au deuxième trimestre 2018, d’après le recensement de Barclays. Celles du Stoxx Europe 600 accusent pour leur part un recul de 2% de leurs BPA et une hausse modeste de leurs chiffres d’affaires (+1%).
Les deux groupes de sociétés font mieux que ne le prévoyaient les analystes, dont le consensus de BPA ressortait par exemple à -1,5% pour les sociétés américaines et à -3,5% pour les européennes. Les sociétés ont ainsi été nombreuses à dépasser les estimations moyennes des analystes (77 ou 78% outre-Atlantique et 57% en Europe pour les BPA, selon Barclays et JPMorgan Cazenove).
Hausse du nombre d’avertissements sur bénéfices
En Europe, remarque Morgan Stanley, 43% des entreprises du Vieux Continent ont dépassé les estimations de plus de 5%, contre 24% qui ont fait moins bien. «Avec un écart de 19%, ce trimestre est en route pour être le meilleur trimestre depuis le T1 2017», remarque les stratégistes actions de la banque, avant de nuancer : «ce dépassement est de faible qualité étant donné les nombreuses révisions en baisse de consensus peu avant les publications des comptes. […] Dans les deux mois qui ont précédé la saison de résultats, les estimations de BPA ont en moyenne été réduites de 5%, soit la plus forte proportion depuis depuis le premier trimestre 2016». En outre, ajoute Barclays, «le nombre d’avertissements sur bénéfices s’est manifestement accru», ajoute le courtier.
En termes sectoriels, les valeurs cycliques ont affiché des croissances plus faibles que celles des valeurs défensives, ce sur les deux continents. L’écart est flagrant en Europe : baisse du BPA de 12% en moyenne pour les premières contre une hausse de 14% pour les secondes. Quant aux financières, leurs BPA recule de 2%, mais elles dépassent largement le consensus des analystes (+90%). S’il est moins brutal aux Etats-Unis, l’écart est également présent : -1% pour les cycliques, +16% pour les défensives et +4% pour les financières, toujours selon Barclays.
Inquiétudes croissantes
Si les entreprises ont très majoritairement maintenu ou rehaussé leurs prévisions pour l’ensemble de l’année 2019 (93% des sociétés européennes et 87% des américaines), celles qui concernent les BPA en particulier sont en moyenne orientées en baisse – et les révisions sont majoritairement des dégradations. Cette évolution «est cohérente avec la période actuelle de ralentissement d’activité», note Barclays. «La technologie est le seul secteur sont les bénéfices ont été réévalués aux Etats-Unis, tandis que les biens d’équipement, l’énergie et les télécoms ont éprouvé le plus de dégradations», souligne l’équipe de recherche de la banque.
En Europe, tous les secteurs témoignent d’un ralentissement, les secteurs les plus touchés étant l’automobile, le matériel électronique et les matériaux.
L’inquiétude des entreprises vis-à-vis du contexte économique a grandi. «Notre analyse de plus de 2.000 retranscriptions des présentations de comptes montre que la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine est le principal sujet d’inquiétude de plus de la moitié des entreprises. Les craintes relatives au Brexit montent, à mesure que la probabilité d’une sortie non négociée du Royaume-Uni se renforce. Les sociétés identifient la hausse du coût du travail, une concurrence plus forte et le coût de l’innovation comme les principaux obstacles aux marges bénéficiaires, mais les dépenses de numérisation sont toujours considérées comme nécessaires et positives, pendant que l’appétit pour les rachats d’actions est toujours là», indiquent les analystes de Barclays dans une étude datée du 13 août. Les conflits commerciaux sont cités par 64% des entreprises ayant publié leurs comptes au 12 août, le Brexit par 60%, les coûts salariaux et la baisse des marges par 56%.
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