Christophe Nijdam | ECGS
Christophe Nijdam vient de courir au rythme du sprint le marathon de la saison des assemblées générales. Son tout premier en tant que responsable de la recherche européenne d’ECGS (Expert Corporate Governance Service), une coentreprise dirigée par le cabinet français de conseil en vote Proxinvest. Le Marseillais y anime à ce titre, depuis janvier, un réseau de 14 analystes couvrant quelque 500 sociétés dans 16 pays afin de présenter des recommandations de vote. « Pour ou contre, l’abstention étant un robinet d’eau tiède peu utile à nos clients », plaide celui qui traque notamment les soucis de gouvernance ou l’« absence de démocratie actionnariale comme chez Renault, Rallye ou Bourbon ».
Christophe Nijdam apprécie cette mission « au cœur de la tour de contrôle des entreprises », pour laquelle il se fait fort d’exercer une indépendance d’esprit forgée par son éducation jésuite et complétée à Sciences Po puis à la Stern School of Business de l’Université de New York. Son rêve américain initial de marketing, « très à la mode en cette fin des années 70 », se transforme en plongeon inopiné dans le grand bain de la banque, au gré des expertises de hauts et de bas de bilan de trois groupes français que sont, successivement, le Crédit Lyonnais, le Crédit commercial de France (CCF) et le Crédit du Nord, dont il dirige les activités locales. La fermeture du réseau international de ce dernier par Paribas précipite le retour au bercail. Pile au moment du rachat du Nouvel Economiste par son frère Henri, à qui il « donne un coup de main », prenant en charge les finances du journal.
Vient l’heure de l’indépendance : après un projet de fonds d’investissement activiste avorté, « car le marché n’était pas mûr », il fonde Capitalaction, un bureau d’analyse sur les actions françaises, sur fond de « ‘gestion value’ à la Warren Buffett, impliquant une étude en profondeur des sociétés et une détention des actions de long terme ». Avant de rejoindre AlphaValue en tant que responsable de la recherche sur les banques européennes, quand surgit la faillite de Lehman Brothers. Sa connaissance pratique des rouages bancaires lui est précieuse pour souligner les dérives – « et pas seulement côté américain » – ayant mené à la crise.
Naturellement proche de Finance Watch dès sa création en 2011, il en devient secrétaire général en 2015, contre-lobbyiste à Bruxelles avec quelques autres ONG « totalisant une vingtaine de personnes face aux 1.700 représentants du secteur financier ». Une puissance de feu déséquilibrée : « Ma présence au sein des collèges consultatifs de l’Esma et de l’EBA (autorités européennes des marchés financiers et de la banque, NDLR) était positive mais insuffisante », souffle-t-il.
Christophe Nijdam a toujours souhaité « rendre une part de l’éducation que l’on m’a donnée ». D’où l’enseignement à Sciences Po pendant dix-huit ans jusqu’en 2016, et la rédaction de plusieurs ouvrages : La Finance pour les nuls en 2019, après Parlons banque en 30 questions et Calculatrix, 85 astuces pour jongler de tête avec les chiffres. Comme quoi « on peut tenter de transmettre le plaisir du calcul mental après un bac littéraire », s’amuse le cadre d’ECGS, qui a certes brassé quelques chiffres depuis. Administrateur bénévole, depuis l’an dernier, de l’IEFP (Institut pour l’éducation financière du public) - La finance pour tous et de l’Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam), Christophe Nijdam attend le prochain marathon des AG en planchant sur un nouvel ouvrage pédagogique. Parution prévue début 2020.
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