Chez Boeing, la gouvernance fait du rase-mottes
Etre augmenté de 45% au soir de sa carrière pour avoir présidé une entreprise en perte, incapable d’assurer la sécurité de ses clients, c’est possible. Dave Calhoun, le PDG de Boeing, lâchera les commandes du constructeur en fin d’année, non sans avoir réussi l’exploit de faire voter sa rémunération et son mandat d’administrateur lors de l’assemblée générale annuelle du groupe, le 17 mai. Un gros tiers d’actionnaires ont voté contre l’enveloppe de 33 millions de dollars attribuée au dirigeant au titre de l’année écoulée. Le score est assez élevé pour que la presse américaine puisse parler de révolte, mais insuffisant pour changer la donne.
La démocratie du capitalisme a été respectée, argueront les défenseurs de Dave Calhoun. Ce formalisme ne préserve pas le système de mourir de ses excès. A tous les échelons, la gouvernance de Boeing a failli. La direction affiche un bilan médiocre, mais se trouve récompensée. Le conseil d’administration approuve les yeux fermés, mais peut s’exonérer de toute responsabilité en se retranchant derrière les dizaines de pages qui explicitent les modalités de calcul du bonus du PDG. Celles-ci sont assez complexes pour faire gagner les managers à tous les coups, les critères éthiques – diversité, économies d’énergie – ayant compensé en 2023 l’impact des mauvaises performances financières.
Et pour justifier les montants versés, il suffit de comparer ses pratiques à ses pairs, un mécanisme dont l’effet inflationniste n’est plus à démontrer. Boeing prend comme référence 19 entreprises américaines, mais juge inutile d’intégrer dans cet échantillon son premier concurrent, l’européen Airbus, qui lui taille des croupières sur ses marchés et en Bourse !
Quant aux actionnaires, pourtant malmenés depuis cinq ans, leur coupable indifférence interpelle. Difficile d’attribuer leur léthargie au seul poids de la gestion passive : les deux grandes agences de conseil en vote, ISS et Glass Lewis, plutôt suivies par les fonds indiciels, appelaient à sanctionner la direction. Des investisseurs actifs, comme le fonds de pension californien Calstrs, ont même soutenu les résolutions présentées par l’avionneur. Leurs ayants droit apprécieront.
Plus d'articles du même thème
-
La Chine et les Etats-Unis mesurent leurs forces
Donald Trump se rend en Chine durant deux jours pour rencontrer Xi Jinping. C’est un moment clé pour apaiser les tensions commerciales ou géopolitiques mondiales. Mais il est difficile d’en imaginer l’issue tant le rapport de force entre les deux pays s’est rééquilibré depuis la guerre tarifaire et le conflit en Iran. -
Emergence accueille cinq nouveaux investisseurs institutionnels
La sicav d’accélération de sociétés de gestion indépendantes a fait entrer Axa, Crédit Agricole Assurances, l’Erafp, Société Générale Assurances et Suravenir à son tour de table. -
SES grimpe en Bourse, porté par des résultats robustes et l'espoir d'une vente de fréquences aux Etats-Unis
L'intégration d'Intelsat porte mécaniquement les ventes du groupe mais elle affecte son niveau de rentabilité.
ETF à la Une
VanEck émet un nouvel ETF pour miser sur l’économie spatiale
- BPCE, Crédit Agricole SA et le Crédit Mutuel comptent 161 banquiers millionnaires
- State Street France lance un plan de départs après la perte de son principal client
- Le Crédit Agricole veut combler son retard sur l'entrée en relation bancaire digitale
- Le Crédit Mutuel Arkéa veut se lancer dans les cryptomonnaies
- La lutte contre la fraude à l'IBAN prend un nouvel élan
Contenu de nos partenaires
-
Première!2025, l’année où les conflits ont fait exploser les déplacements internes de population
Publié mardi, un rapport d'organismes internationaux dévoile que les guerres et violences ont augmenté les déplacements internes de populations de 60 % à l'échelle mondiale. Un recensement alarmant que les coupes budgétaires dans les structures humanitaires compliquent -
Sous pressionInflation américaine à 3,8 % : mauvais timing pour Donald Trump
Les prix à la consommation ont augmenté en avril à un niveau record depuis trois ans, alors que Donald Trump poursuit sa guerre en Iran et que son candidat Kevin Warsh se rapproche de la présidence de la Fed -
Cellule dormante2027 : sur les réseaux sociaux, l'autre campagne qui vient
Entre mise en scène personnelle, stratégies d’influence et mobilisation de communautés en ligne, Jean-Luc Mélenchon, Jordan Bardella et Gabriel Attal redéfinissent les codes de la présidentielle