Carrefour n’aurait rien à gagner de la cession du hard discount
Qu’attendent les investisseurs de Carrefour? Depuis un mois, le cours de l’action a perdu plus de 15%, la plus forte baisse du SBF 250, pour retomber sur ses plus bas de l’année. Et avec l’annonce, début décembre, d’un nouvel avertissement sur ses résultats 2010, le marché évoque davantage l’hypothèse d’une cession du hard discount, ou d’une introduction en Bourse du pôle immobilier, sous la pression d’Arnault et de Colony, qui détiennent 13,5% du capital de Carrefour.
«Rien n’est irremplaçable et tout a un prix, notait récemment CM-CIC. Mais dans le cas du hard discount le prix devra compenser: l’impôt sur les plus-values, les synergies perdues, et la concurrence accrue». L’an dernier, le hard discount de Carrefour avait affiché une rentabilité opérationnelle courante particulièrement faible à 2,1%, contre 3,2% pour l’ensemble du groupe, en raison des mauvaises performances des activités françaises.
Pour 2010, CM-CIC anticipe un chiffre d’affaires (hors Grèce, cédé au premier semestre) du hard discount (Dia et Ed) à 9,3 milliards d’euros, pour un Ebitda de 475 millions et une marge opérationnelle courante de 2,5%. Alors que Carrefour est actuellement valorisé en Bourse 4,6 fois son Ebitda attendu pour 2010 par le consensus Bloomberg, ce multiple constituerait un plancher pour la cession du hard discount, soit 2,2 milliards d’euros. Le prix de vente doit également «compenser la disparition des synergies à l’achat (synergies estimées à 60 millions, que nous valorisons 450 millions) et les risques concurrentiels et stratégiques qu’une telle cession implique», poursuit CM-CIC. Des experts valorisent le hard discount entre 3,5 et 7 milliards.
De plus, «en Espagne et en France, une cession affaiblirait les positions du groupe, ajoute le bureau d’analyse. Dans les pays émergents, elle le priverait d’opportunités». En outre, «une telle cession n’a d’intérêt que parce qu’elle doperait le cours de Bourse», explique un expert. Cette vente serait «un non-sens sur le plan stratégique», tranche un analyste.
Dans ce contexte, la cession du hard discount ne paraît donc pas la solution optimale pour Carrefour. En revanche, l’introduction en Bourse de la filiale foncière, Carrefour Property, par simple cotation – comme Edenred par Accor –, ou avec levée de fonds, devrait revenir sur le devant de la scène en 2011. Fin 2009, Carrefour valorisait ses actifs immobiliers à 16,7 milliards d’euros dont 11 milliards pour Carrefour Property.
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