Caisse des dépôts et créanciers s’accordent enfin sur le sauvetage d’Orpea
Le sourire ou les yeux pour pleurer. Le sauvetage d’Orpea – officialisé ce mercredi par le groupe de cliniques et de maisons de retraite - va inévitablement susciter son lot de soulagement mais aussi d’amertume.
Confirmant nos informations, l’architecture de l’entrée de la Caisse des dépôts et des consignations (CDC) et de ses alliés mutualistes va s’accompagner d’un écrasement significatif des positions financières des créanciers obligataires non sécurisés et d’un coup de torchon encore plus massif pour les actionnaires actuels.
Leur position aux termes des différentes opérations de restructuration et d’augmentation de capital qui s’étaleront sur plusieurs mois, sera ramenée à seulement 0,4% du capital du groupe.
Feu vert de la Caisse
Le calendrier s’est accéléré ces deux derniers jours. Réunie mardi matin, la Commission de surveillance de l’institution de la Rue de Lille a donné son feu vert pour un investissement global de 1,355 milliard d’euros qui lui donnera, avec ses alliés, une majorité de 50,2% du capital ainsi qu’une présence majoritaire – soit 7 administrateurs sur 13 - au sein du futur conseil d’administration du groupe de cliniques et de maisons de retraite. Sous la présidence d’Alexandre Holroyd, l’instance de gouvernance, où l’ensemble des16 membres étaient présents ou représentés, s’est prononcée majoritairement – avec trois abstentions mais aucune opposition formelle - en faveur du projet défendu par le directeur général Eric Lombard.
En pratique, en tant que chef de file de l’opération, la CDC, y compris CNP Assurances, détiendra 28 % du nouveau tour de table tandis que les assureurs mutualistes, Maif et MASCF, se partageront 22%. Un autre point du projet d’investissement, s’il va à son terme, porte sur la transformation d’Orpea en société à mission, dans les deux prochaines années.
Les obligataires non sécurisés, détenteurs de 3,8 milliards d’euros de dette, seront amenés dans le schéma retenu à convertir leurs créances en capital selon un taux de 30%, soit 1,15 milliard d’euros. Avec à la clé, près de 49% du capital d’Orpea restructuré.
Ce degré de conversion est plus élevé que le taux de 23% envisagé au départ des discussions – un niveau alors proche du prix de marché de cette dette - mais nettement moins que leurs revendications initiales (35% de taux de conversion) ou celui du compromis, envisagé à 31,5% par Hélène Bourbouloux mais finalement écarté le 19 janvier dernier.
Des banques décisives
Dans ce jeu d’influence, alourdi par les enjeux humains et sanitaires propres à l’activité sensible d’Orpea, l’élément de bascule sera venu des banques.
En dépit des sûretés dont elles bénéficiaient pour leurs propres créances – près de 4 milliards d’euros - aux termes de la première conciliation d’Orpea en juin dernier, elles s’étaient inquiétées depuis la rupture des discussions du 19 janvier d’un véritable risque d’échec qui aurait précipité Orpea vers une sauvegarde dure, avec tous les risques inhérents pour ses parties prenantes (clients et familles, salariés et fournisseurs). Par ricochet, la dette sécurisée qu’elles détiennent aurait été exposée. Dans le cadre de l’accord, elles consentent donc un effort avec une réduction sensible de la rémunération associée à l’encours qu’elles détiennent vis-à-vis du groupe de santé.
Cet accord tripartite entre la Caisse des dépôts - et ses alliés -, Orpea et ses créanciers ne marque pourtant pas la fin du feuilleton.
Pour obtenir du tribunal de commerce l’aval de l’accord et la mise en œuvre d’une procédure de sauvegarde accélérée, l’accord des différentes classes de créanciers est indispensable. « Maintenant, c’est deux tiers de chaque classe qu’il va falloir convaincre », glisse un observateur. A ce stade, c’est loin d’être gagné tant le paysage des créanciers reste fragmenté avec un grand nombre de détenteurs de dette ‘unsecured’ très réticent à toute conversion forcée. Si un protocole pour sauver le patient Orpea est bien désormais établi, ce dernier est encore loin d’être sorti d’affaire.
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