Bonus, un âge d’or pas si révolu
Avril est le mois le plus cruel pour les patrons de groupes financiers dont les juteux émoluments dépassent de beaucoup les performances, et mai n’est guère plus clément. La saison des assemblées générales est marquée cette année encore par plusieurs frondes, à commencer par celle qui a valu aux hauts dirigeants d’UBS un refus de quitus de gestion et un sérieux coup de semonce quant à leur rémunération. Une telle décision, rarissime, traduit bien la lassitude d’actionnaires. Ils ont la fâcheuse impression que, dans la banque, le partage de la valeur entre propriétaires, clients et salariés se fait toujours au profit des mêmes.
Les prodigues années d’avant-crise financière sont certes révolues. La conformité a pris le pouvoir, l’électronique s’est répandue dans les salles de marché, les parts variables ont été plafonnées et en partie différées, et les stars d’hier, comme les analystes et courtiers actions, ont sombré corps et bien en même temps que leur modèle économique. C’est dans le capital investissement et la « tech » qu’il faut désormais aller chercher les bonus les plus épais. On imagine mal, aujourd’hui, comme c’était le cas avant 2007, des patrons de traders jouer devant leurs troupes, pour la fête de fin d’année, des sketches où ils s’auto-parodient en arnaqueurs. Et pourtant, le déclassement apparaît tout relatif. En valeur absolue, les professionnels de la finance ne sont pas à plaindre. L’enquête annuelle exclusive que L’Agefi Hebdo publie cette semaine le montre : il n’est pas rare encore d’aligner des rémunérations variables à cinq ou six chiffres après une dizaine d’années d’expérience dans de nombreux métiers de la banque de financement et d’investissement ou de la gestion d’actifs.
Qu’un établissement aussi mal en point que Deutsche Bank reste le principal pourvoyeur de banquiers dits millionnaires en Europe – avec, primus inter pares, son patron des marchés Garth Ritchie, heureux bénéficiaire d’un complément de salaire pour compenser le surcroît de travail dû au Brexit… – en dit long sur la culture des bonus dans le secteur. Voilà dix ans que la plupart des banques d’investissement européennes échouent à dégager une rentabilité supérieure au coût du capital et accumulent les revers judiciaires, mais l’alignement des intérêts entre actionnaires et cadres dirigeants reste toujours aussi perfectible. Les premiers commencent enfin à réclamer leur dû aux seconds sans s’embarrasser de formules de politesse.
La critique gagnera à n’en pas douter la gestion d’actifs, même s’il est plus aisé d’y lier part variable et performance, comme en témoigne le recul mécanique observé à la suite de la correction des marchés en 2018. Dans un univers où la rentabilité et les marges restent confortables, ce sont cette fois les clients qui seront fondés à exiger face aux salariés et aux actionnaires une part croissante du gâteau.
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