Atos a besoin de 1,1 milliard d’euros de liquidités, l’Etat veut reprendre certaines activités
Le groupe de services numériques en difficulté Atos a annoncé lundi avoir presque doublé son estimation du montant de liquidités nécessaires pour financer son activité sur la période 2024-2025 et avoir reçu une lettre d’intention non engageante de l’Etat français pour la reprise de ses activités stratégiques.
Atos estime dorénavant à 1,1 milliard d’euros ses besoins de liquidités, comparé aux 600 millions d’euros annoncés au début du mois. Ces fonds sont attendus «sous la forme de dette et/ou de capital par des parties prenantes existantes ou des investisseurs tiers», a rappelé Atos dans un communiqué.
Lors de la publication de son chiffre d’affaires du premier trimestre la semaine dernière, Atos avait prévenu que ses besoins de nouvelles liquidités seraient plus élevés que prévu, sans les chiffrer précisément.
Le groupe a confirmé avoir besoin de 300 millions d’euros de nouvelles lignes de crédit renouvelables et de 300 millions d’euros de lignes de garanties bancaires additionnelles et prévoir de trouver un accord de restructuration financière avec ses créanciers d’ici à juillet.
Concernant son endettement, Atos a prévenu que sa dette brute devrait être réduite de 3,2 milliards d’euros, contre 2,4 milliards d’euros précédemment.
Par ailleurs, Atos a revu à la baisse ses objectifs à horizon 2027, tablant désormais sur un chiffre d’affaires de 11 milliards d’euros, à comparer à 11,4 milliards d’euros communiqués précédemment. La marge opérationnelle est attendue à 1,1 milliard d’euros, représentant ainsi 9,9% du chiffre d’affaires, par rapport à une précédente prévision de 1,2 milliard d’euros, soit 10,3% du chiffre d’affaires.
Atos a également réduit ses objectifs pour 2024, visant un chiffre d’affaires de 9,8 milliards d’euros, en repli organique d’environ 3,3% par rapport à 2023, contre 9,9 milliards d’euros et une baisse organique d’environ 2% anticipés précédemment. La marge opérationnelle devrait atteindre 0,3 milliard d’euros, soit 2,9% du chiffre d’affaires, contre une estimation précédente de 0,4 milliard d’euros, soit 4,3% du chiffre d’affaires.
Ces révisions prennent en compte les conditions de marché et les tendances commerciales actuelles dans des régions clés du groupe, a indiqué Atos. Elles reflètent également «des reports dans l’attribution de nouveaux contrats et des travaux supplémentaires, les clients attendant la finalisation du plan de restructuration financière», a ajouté le groupe.
Lettre d’intention de l’Etat
En outre, Atos a confirmé avoir reçu une lettre d’intention non engageante de l’Etat français concernant «l’acquisition potentielle de 100% des activités d’Advanced Computing, de Mission-Critical Systems et de Cybersecurity Products d’Atos SE pour une valeur d’entreprise indicative comprise entre 700 millions et 1 milliard d’euros».
Ces activités stratégiques ont représenté un chiffre d’affaires d’environ 1 milliard d’euros en 2023, sur un total de 1,5 milliard d’euros pour l’ensemble des activités de big data et cybersécurité (BDS).
Atos «accueille avec satisfaction cette lettre d’intention qui protégerait les impératifs stratégiques de souveraineté de l'État français», a indiqué le groupe, en soulignant que la phase de vérifications nécessaires dite de «due diligence» avec l’Etat français démarrerait «prochainement, en vue de l'émission d’une offre non engageante confirmatoire d’ici à début juin 2024".
«La lettre d’intention prévoit un engagement d’exclusivité limité, s’appliquant aux offres directes sur le périmètre couvert par la lettre d’intention (et autorise expressément l'échange d’informations et la remise d’offres globales dans le cadre du plan de restructuration financière), jusqu'à la première des deux dates suivantes : le 31 juillet 2024 ou la date de conclusion d’un accord global de restructuration financière», a précisé Atos.
Le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, avait déclaré dimanche que l’Etat souhaitait acquérir, en partenariat avec d’autres acteurs français, les activités stratégiques du groupe de services numériques en difficulté, dont ses supercalculateurs, des serveurs d’intelligence artificielle et des activités de cybersécurité.
Ainsi, le gouvernement français «prend à contre-pied l’ensemble des acteurs en soumettant une offre», commentent les analystes d’Octo Finances. «Dans cette manœuvre, nous avons l’impression que l’Etat est un ‘passe plat’ en forçant la cession des activités souveraines pour ensuite les ‘transmettre’ à d’autres grands groupes français», estime Octo Finances.
«Cette offre rebat totalement les cartes : cette cession ‘forcée’ permet un apport de liquidité à un moment où le groupe est en situation d’urgence mais le nouveau périmètre d’Atos pourrait ne pas convenir à des potentiels repreneurs», même si «l’externalisation des activités souveraines ouvre la possibilité à des repreneurs étrangers», poursuit Octo Finances.
Après ces annonces, l’action Atos bondissait lundi matin de 12,5% à 2,15 euros. Le titre accuse toutefois un repli de près de 70% depuis le début de l’année.
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