Atlantia bouscule les infrastructures avec son OPA sur Abertis
Le concessionnaire italien propose 16,3 milliards d’euros. Son offre n’a pas obtenu l’assentiment explicite de l’actionnaire de référence de sa cible espagnole.
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Antoine Landrot
Portion autoroutière A31 en Italie, entre Vincenza et Rovigo, exploitée par Abertis.
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photo Abertis
Vinci doit se préparer à l’émergence d’un concurrent de poids, si celui-ci parvient toutefois à émerger. L’exploitant d’infrastructures Atlantia a officialisé hier son offre publique d’achat (OPA) sur son concurrent espagnol Abertis. Les termes de l’OPA valorisent les fonds propres de la cible à 16,3 milliards d’euros ; l’opération créerait un géant capitalisant 36 milliards.
Concrètement, les actionnaires d’Abertis recevraient 16,50 euros par action en numéraire et/ou en actions. S’ils optent pour l’offre en titres, ils recevront 0,697 action Atlantia par titre détenu. L’OPA est toutefois soumise à deux conditions : un seuil d’acceptation de la composante en actions à 10,1% et l’obtention par Atlantia d’au moins 50% du capital d’Abertis plus une action. La famille Benetton, qui contrôle 30% d’Atlantia, détiendrait 25% du nouvel ensemble, tandis que la holding Criteria Caixa – actionnaire principal du groupe espagnol avec une participation de 22,3% – hériterait de 15%.
Atlantia affirme que son OPA est amicale. Mais Criteria s’est borné à indiquer qu’il étudierait attentivement l’offre. L’absence de soutien explicite fait tiquer Olivetree Financial : la partie en actions étant surtout destinée à Criteria, dans la mesure où elle donne le droit de nommer trois administrateurs, le rejet de cette composante, laquelle doit atteindre le seuil de 10,1%, entraînerait un risque d'échec «significatif».
La réaction vis-à-vis de la prime insignifiante proposée par l’offre (0,3% par rapport au cours d’Abertis vendredi) est une autre inconnue. Il faut toutefois rappeler que l’action du concessionnaire espagnol a déjà progressé de 21% ces trois derniers mois et 8% depuis l’apparition des rumeurs le 18 avril. En outre, «le prix excède l’actif net réévalué, que nous estimons à 15 euros. L’opération présente peu de synergies, ce qui peut expliquer la faible prime», ajoute UBS. Selon Alphavalue, l’offre reste intéressante : avec l’hypothèse d’un rapport titres/cash de 20/80 et des synergies de 100 millions d’euros, le deal offre une relution sur le bénéfice net par action de 24,4% d’ici à 2018 et un RoE de 17,3%.
Le nouvel ensemble deviendrait numéro un mondial dans les routes à péages, cumulant 10 milliards d’euros de revenus annuels à travers 14.100 kilomètres de réseaux, pour un excédent brut d’exploitation (EBE) de 6,6 milliards. Il permettrait à Atlantia, co-opérateur de l’aéroport de Nice depuis juillet 2016 et qui a annoncé en avril la vente de 10% de sa filiale italienne Aspi à Allianz, de réduire son exposition à la péninsule transalpine.
Car Abertis est complémentaire: il réalise un tiers de son bénéfice en France à travers Sanef et dispose d’un réseau important en Amérique latine. Atlantia, spécialisé dans la gestion des autoroutes à péages et les aéroports, réaliserait alors 60% de son EBE hors d’Italie (contre 25% en 2016), alors qu’il s’était fixé l’objectif d’atteindre 50% en 2020. Atlantia pourrait en outre compter sur un potentiel de cessions d’actifs pour dégager des marges de manœuvre financières : Abertis détient 34% du capital de l’opérateur de tours télécoms Cellnex et 57% d’Hispasat, neuvième opérateur de satellite au monde.
Vinci, qui a réalisé 6,3 milliards d’euros de revenus dans les concessions en 2016 (pour plus de 7.500 km de réseaux), se trouverait distancé. De quoi relancer un intérêt spéculatif sur le secteur. Que ce soit sur Abertis, dont la puissance en Amérique latine est susceptible d’intéresser le français, qui accentue son effort sur ce continent depuis 2015, ou sur un concurrent. Le cours d’Eiffage s’est ainsi apprécié de 1,4% hier, à 77,9 euros.
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