America Movil met un pied dans les télécoms européens à moindres frais
Carlos Slim a beau être l’homme le plus riche de la planète, le Mexicain ne dépense pas sa fortune sans compter. L’offre d’achat lancée par son opérateur de télécoms America Movil sur 23% du capital de KPN, en plus des 4,8% déjà détenus, se fait à des multiples extrêmement faibles. Malgré une prime de 23,5% sur le cours de Bourse, le prix de 8 euros par action fait ressortir un ratio valeur d’entreprise sur excédent brut d’exploitation de 5 fois, calculent UBS et Jefferies.
Natixis rappelle que lors des dernières fusions-acquisitions dans les télécoms en Europe, le multiple était toujours supérieur à 6,5 fois. Et la valorisation moyenne actuelle des opérateurs historiques européens est de l’ordre de 4,8 fois l’Ebitda. L’entrée d’America Movil se ferait donc sans prime de contrôle alors que le bloc de 28% lui donnerait une grande partie du pouvoir en assemblée générale.
L’offre n’a donc apporté qu’un soutien minime aux autres opérateurs européens. Pire, elle a même tendance à valider le niveau de valorisation historiquement bas du secteur en raison du déclin continu de son chiffre d’affaires et des marges. L’indice Stoxx 600 des telécoms a gagné moins de 1% depuis l’annonce des ambitions de Carlos Slim.
Jugée insuffisante par KPN, l’offre présentée comme «amicale» par America Movil répond à une optique opportuniste: profiter de la faiblesse de KPN, dont le cours de Bourse avait plongé de 29% depuis le début de l’année, et de la revalorisation du peso mexicain pour mettre un premier pied sur le marché européen et apprendre son fonctionnement. Les analystes estiment d’ailleurs que le groupe ne devrait ni relever son prix, ni lancer une offre sur la totalité du capital. D’autant que KPN pourrait se protéger via la pilule empoisonnée autorisée par la législation néerlandaise sur les «fondations», note Barclays. Cette disposition lui permettrait de doubler son capital.
A plus long terme, l’irruption de Carlos Slim en Europe risque néanmoins de bousculer le paysage des télécoms. Un temps intéressé par KPN, afin de pouvoir fusionner avec lui sa filiale allemande, l’espagnol Telefonica, rival de Carlos Slim en Amérique latine, peut voir d’un mauvais œil la prise de position d’America Movil. D’autres opérateurs pourraient également être tentés par la faiblesse de la valorisation pour préempter les autres opérateurs non contrôlés par leurs Etats respectifs, comme Portugal Telecom ou le danois TDC.
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