Alcatel et Nokia s'épargnent un scénario à la GE-Alstom
En associant les pouvoirs publics depuis plusieurs mois à leurs discussions de mariage, les deux groupes ont pu obtenir le soutien de l’Etat.
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Alexandre Garabedian
Malgré de nombreux plans sociaux, Alcatel emploie encore quelque 7.000 personnes en France. Photo DR
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Le projet de rachat d’Alcatel-Lucent par Nokia aurait pu donner à l’Etat l’occasion de rejouer l’affaire General Electric-Alstom. Les pouvoirs publics ont encore montré récemment dans le processus de vente de Dailymotion qu’ils sont toujours prêts à s’immiscer dans des affaires privées pour défendre les fleurons industriels ou supposés tels. Dans le cas des deux équipementiers, les événements devraient se dérouler de manière bien plus apaisée.
Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, a été le premier hier à bénir l’union des deux groupes, au nom du maintien de l’emploi en France.
Pourtant, Alcatel remplissait toutes les conditions pour déclencher à son tour l’interventionnisme de l’Etat. Même si son étoile a beaucoup pâli, l’équipementier en télécoms a symbolisé aux yeux du grand public l’innovation technologique à la française, au début des années 2000. Ses activités figurent par ailleurs sur la liste des secteurs stratégiques, définie par le décret Breton et complétée l’an dernier à l’occasion du dossier Alstom par le décret Montebourg. Un investisseur étranger ne peut donc pas racheter le groupe sans le feu vert de l’Etat. Enfin, malgré une rafale de plans sociaux ces dernières années, Alcatel emploie encore près de 7.000 personnes en France.
Avec un cocktail aussi explosif, Alstom avait dû faire face il y a un an à la fronde d’Arnaud Montebourg lorsqu’il avait voulu vendre sa branche énergie à l’américain General Electric. L’ex-ministre du Redressement productif n’avait il est vrai guère apprécié de découvrir le projet par une fuite dans une dépêche Bloomberg. S’en était suivi un long bras de fer public et une contre-offre de l’allemand Siemens, qui avait forcé les deux groupes à amender leur projet.
Alcatel et Nokia ont joué plus finement. Les pouvoirs publics ont été mis dans la confidence il y a plusieurs mois, a révélé hier Emmanuel Macron. Ils ont pu négocier en amont la promesse d’absence de suppressions de postes. La nationalité finlandaise de Nokia permet aussi au ministre de vanter la création d’un «grand champion européen» des équipementiers pour téléphone mobile et fixe.
Mais l’on pourra également y voir la patte d’Emmanuel Macron: là où Arnaud Montebourg avait agi en pur politique, l’actuel locataire de Bercy a préféré l’efficacité et la discrétion du banquier d’affaires qu’il était chez Rothschild.
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