Wells Fargo peine à convaincre de sa naïveté
Après avoir rejeté la faute des ouvertures de comptes frauduleuses sur une partie de ses salariés la semaine dernière, John Stumpf, le directeur général de Wells Fargo, n’a pas osé réitérer ces justifications devant le Senate Banking Committee, la commission bancaire du Sénat américain. Expliquant que ses propos ont été mal reproduits ou mal interprétés, le patron du géant californien a assumé «l’entière responsabilité de l’ensemble des pratiques de vente immorales».
Prise de conscience tardive
Son audition était très attendue, après la condamnation de l’établissement par la justice et les régulateurs américains début septembre pour des pratiques répréhensibles, comme l’ouverture de comptes au nom de personnes fictives ou la souscription de produits ou de services non sollicités. Plus de 2 millions de comptes seraient concernés. Cette révélation survenait quelques semaines après une première sanction de Wells Fargo dans ses activités de prêt aux étudiants.
«Toute décision concernant les membres de la direction sera rendue publique et je respecterai et accepterai la décision du conseil d’administration», a déclaré John Stumpf devant les sénateurs. Il a ajouté n’avoir pris conscience de l’ampleur du problème que début 2015. Wells Fargo a annoncé cet été la retraite de Carrie Tolstedt, son ancienne responsable de la banque de détail, et lundi dernier le départ de Claudia Russ Anderson, qui supervisait les risques de cette entité, pour un congé sans solde de six mois.
Le scandale prend une tournure hautement politique. Si le camp du candidat républicain Donald Trump est pour l’instant muet, son adversaire Hillary Clinton a proposé un plan en trois points contre les banques contrevenantes. Peu original, il comprend la restitution de rémunérations (clawback) de dirigeants et la scission des établissements mal gérés.
Les sénateurs n’ont pas été convaincus par les excuses de l’établissement. Elisabeth Warren a réclamé que Carrie Tolstedt restitue plusieurs millions de dollars. Sherrod Brown souligne que Wells Fargo n’a toujours pas évalué l’effet que les comptes factices ont pu avoir sur la note de crédit des clients et que la banque a continué à allouer, pas plus tard qu’il y a deux mois, des primes de performance aux salariés impliqués.
Parallèlement, Wells Fargo a annoncé avoir élargi son enquête interne aux années 2009 et 2010. La banque va également prendre contact avec l’ensemble de ses clients à travers les Etats-Unis pour s’assurer de l’adéquation de leurs comptes et de leurs cartes de crédit à leurs besoins.
Une action recommandée à l’achat
Les déboires de Wells Fargo n’ont en tout cas pas découragé certains courtiers, qui l’estiment parfaitement capable de surmonter cette mésaventure. Alors que son cours de Bourse a perdu 8% depuis que le scandale a été rendu public, Betsy Graseck, analyste chez Morgan Stanley, écrit dans une note que «Wells est rarement si bon marché. C’est une occasion à saisir». Il perçoit un potentiel de hausse du titre de 15%. Il estime que l’accord à l’amiable survenu le 8 septembre sur l’affaire ne devrait pas peser sur les dividendes de la banque. Sur les 35 analystes qui couvrent la valeur, vingt ont une recommandation à l’achat et seulement six à la vente, indique Thomson Reuters. L’objectif de prix médian de l’action Wells Fargo est situé à 52,20 dollars, contre 46,56 dollars à la clôture hier (+1,17%).
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