Veolia profite du plein soutien de la Bourse pour acheter Suez
Favorables à une acquisition de Suez dès son annonce fin août 2020, les actionnaires de Veolia l’ont confirmé en souscrivant comme un seul homme à l’augmentation de capital de 2,5 milliards d’euros destinée à financer l’offre publique d’achat (OPA) sur les 70,1% du capital que le groupe ne détient pas encore. La levée de fonds a été sursouscrite un peu moins de deux fois (175%). Une demande appréciée par Claude Laruelle, directeur général adjoint des finances de Veolia : après cette opération, « l’essentiel du financement de Suez est derrière nous. Nous pourrions seulement, comme nous l’avions indiqué, procéder à une émission de dette hybride complémentaire d’environ 500 millions d’euros ».
L’essentiel du financement de l’OPA sur Suez, d’un montant d’environ 9 milliards d’euros, est assuré par la revente au consortium Meridiam-GIP-Caisse des dépôts des activités eau et déchets de Suez en France pour constituer ce qui a été appelé le nouveau Suez.
Les quelque 110 millions d’actions nouvelles ont été émises au prix unitaire de 22,7 euros, soit avec une décote ex-droit préférentiel de souscription (DPS) d’un peu plus de 19% par rapport au cours de Bourse de référence, un niveau extrêmement serré. Lors des augmentations de capital réalisées plus tôt dans l’année par Alstom pour acheter Bombardier Transport et par Euronext pour Borsa Italiana, les décotes étaient respectivement de 24% et 22%.
Autre signe du succès de l’opération : le DPS a coté en Bourse avec une prime historiquement élevée de 5,9% par rapport à sa valeur théorique, ce qui est « révélateur d’une opération qui se passe bien et de la volonté des actionnaires de souscrire à l’augmentation de capital », souligne Jean-Baptiste Bureau, responsable du primaire actions (equity capital market, ECM) chez HSBC en France, l’une des six banques coordinatrices de l’augmentation de capital de Veolia, avec Bank of America, BNP Paribas, Crédit Agricole, Deutsche Bank et Morgan Stanley.
Feu vert de la concurrence
Surtout, selon Jean-Baptiste Bureau, « le succès de cette opération démontre que les investisseurs, malgré des conditions de marché plus volatiles ces derniers jours, soutiennent largement les fusions-acquisitions de croissance ». L’augmentation de capital de Veolia est la plus importante de l’année à la Bourse de Paris et le plus important financement d’une acquisition par le marché actions depuis l’OPA d’Air Liquide sur Airgas en 2016.
Prochaine étape à franchir pour Veolia : l’obtention du feu vert des autorités européennes qui doivent se prononcer sur les cessions d’actifs proposées par le groupe afin de garantir la concurrence sur ses différents marchés. « Nous notifierons nos remèdes à la Commission européenne d’ici une quinzaine de jours et ses services rendront leur réponse dans les 35 jours », explique Claude Laruelle. « Nous sommes confiants sur l’acception des remèdes que nous proposons. Il n’y a pas de changements majeurs par rapport à ce que nous avions annoncés lors de la signature de l’accord avec Suez », ajoute le directeur général adjoint de Veolia.
L’essentiel des remèdes porte sur la vente au consortium financier des actifs eau et déchets de Suez en France, ainsi que des activités plus petites de Suez, notamment dans l’eau, dans plusieurs régions géographiques (Italie, République tchèque, Afrique, Asie centrale, Inde, Australie…). Les futurs actionnaires du nouveau Suez se sont engagés à payer ces actifs 10,4 milliards d’euros en valeur d’entreprise.
Une fois rendu le feu vert des autorités de la concurrence, l’Autorité des marchés financiers (AMF) ajustera le calendrier de l’OPA et en fixera la date de clôture. Veolia espère avoir finalisé l’acquisition de Suez avant la fin de 2021.
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