Une année 2011 difficile pour les courtiers
Les temps sont difficiles pour les courtiers. Aux premières loges de la crise de la dette souveraine et de ses effets sur les marchés financiers, nombreux sont les acteurs indépendants ou les filiales de banques à subir des réductions de personnel. Première place financière mondiale, Londres est rudement touchée. Le 15 novembre dernier, la banque d’investissement Altium Capital a ainsi annoncé la fermeture de son activité titres, essentiellement destinée aux petites capitalisations, pour mieux se concentrer sur le conseil.
Moins radicale, l’autre solution consiste à accepter de perdre son indépendance. C’est le cas des brokers Evolution Group (dont l’acquisition par Investec pour 233 millions de livres sterling a été conclue le 22 décembre), Merchant Securities (acquis par le sud-africain Sanlam pour 12,2 millions), Arbuthnot Securities, ou encore Collins Stewart Hawkpoint, acquis par la banque canadienne Cannacord pour 254 millions.
Kepler Capital Markets, fondé à Paris en 1997 et présent dans les principales places européennes, a collecté en avril 51 millions d’euros en ouvrant 47% de son capital à quatre partenaires (BlackFin, Caisse des dépôts, Crédit Mutuel Arkéa et Banca Leonardo), effaçant ainsi sa dette et multipliant ses fonds propres par 2,5. Panmure Gordon, l’une des firmes indépendantes les plus importantes, reste pour l’instant exclue de ces grandes manœuvres. Mais le courtier a, en attendant, anticipé une perte au deuxième semestre cette année.
L’effondrement des Bourses a dissuadé les candidats potentiels aux introductions en Bourse, réduisant d’autant les perspectives de revenus des courtiers. Les craintes d’une récession freinent également les velléités d’OPA. Or, ces deux activités représentent la moitié des revenus d’un courtier, voire davantage. Selon Bloomberg, 22 milliards de dollars d’opérations ont été annulés en Europe cette année.
Sur le marché secondaire, la chute des actions pousse les investisseurs à délaisser cette classe d’actifs. En outre, les courtiers indépendants sont victimes de la concurrence des filiales de grands groupes bancaires. Souffrant de moyens plus limités, ils peinent à suivre la course à la technologie. Le trading électronique nécessite par exemple des investissements particulièrement lourds dans les systèmes d’information.
Cette «prime» à la taille a été accentuée par la directive européenne des Marchés et instruments financiers (ou MIF), entrée en vigueur en 2007. Favorisant l’émergence de plateformes d’échanges électroniques, la MIF a encore provoqué la hausse des coûts chez les brokers tout en exerçant une pression sur les marges, rendant les économies d’échelle impérieuses.
Cela dit, l’ensemble du secteur souffre, y compris les filiales de groupes bancaires internationaux. Ainsi, CA Cheuvreux paie un lourd tribut à la restructuration des activités de financement et d’investissement du Crédit Agricole: le courtier pourrait concentrer un tiers des 550 suppressions de postes annoncées en France par CA CIB. «Les équipes de marché actions, fortement rationalisées en 2008, ont connu des réembauches en 2009 avec le rebond d’activité: elles se trouvent aujourd’hui surdimensionnées», indique un rival français.
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