Moscou refuse de plier face à l’impact économique de la crise en Ukraine
Si les ministres russe et américain des affaires étrangères, Sergei Lavrov et John Kerry, ont reconnu hier soir lors d’un entretien téléphonique, selon un communiqué du ministère russe, l’importance d’assurer les conditions d’un cessez-le-feu rapide en Ukraine, le chemin pour y parvenir reste introuvable. Le communiqué de Moscou qualifie en effet la crise chez son voisin de «conflit intérieur», la Russie niant toute implication en termes de fourniture d’armement aux séparatistes. Mais cette posture fait peser un puissant risque économique sur le pays.
La banque centrale russe a tenté vendredi de contribuer au soutien à l’économie nationale en relevant contre toute attente son taux directeur à une semaine d’un demi-point à 8,0%. Un geste destiné à apaiser les anticipations d’inflation et à atténuer les sorties de capitaux, sur fond d’«aggravation des tensions géopolitiques». Les sorties nettes de capitaux pourraient atteindre 100 milliards de dollars cette année selon le ministère de l’Economie. Elles ont atteint 74,6 milliards au premier semestre selon la banque centrale, contre 61 milliards sur l’ensemble de 2013.
Pour Neil Sharing, chef économiste sur les marchés émergents chez Capital Economics, la décision de la banque centrale vendredi est une action «préventive» dans l’attente de nouvelles sanctions de la part des Etats-Unis et de l’Europe. Les occidentaux en effet continuent de renforcer la pression sur Moscou, alors que la croissance du pays pourrait ralentir à 0,2% cette année après 1,3% en 2013, selon le FMI. Son chef économiste Olivier Blanchard a prévenu que les sanctions internationales pourraient bien peser davantage encore sur cette croissance. C’est dans ce contexte que l’Union européenne a élargi ce week-end sa liste de sanctions ciblées à 15 personnalités russes et ukrainiennes supplémentaires et 18 entités et entreprises russes ou séparatistes. 87 personnalités russes ou ukrainiennes sont désormais interdites de visas dans l’Union et cibles d’un gel de leurs avoirs.
Les ambassadeurs de l’Union se sont par ailleurs entendus vendredi sur les grandes lignes de ce qui constituerait les premières sanctions visant des pans entiers de l'économie russe. Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a demandé aux chefs d’Etat et de gouvernement d’autoriser leurs ambassadeurs à boucler un accord définitif dès demain, ce qui leur éviterait d’avoir à se réunir en sommet extraordinaire pour entériner les sanctions, qui concerneraient notamment l’accès aux marchés de capitaux.
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