L’euro-dollar est tiraillé entre Mario Draghi et Donald Trump
La journée d’hier a donné lieu à un duel de mots indirect, entre le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi et le président américain Donald Trump. La remontée récente de l’euro face au dollar avait fait naître des attentes fortes de la part des marchés concernant une éventuelle réaction de son président Mario Draghi. «La récente volatilité sur le taux de changes représente une source d’incertitude qui requiert un suivi, du fait de ses possibles implications sur les perspectives de stabilité des prix à moyen terme». La réintroduction de cette phrase ajoutée au communiqué de la BCE à sa réunion de septembre dernier, avant d’être supprimée le mois suivant, aura ainsi été la seule allusion directe faite hier par l’autorité à la monnaie unique.
Loin de stabiliser ou d’inverser cette tendance, la réunion de la BCE a poussé l’euro-dollar au-dessus du seuil de 1,25 hier pour la première fois depuis fin 2014, portant ainsi sa hausse à 8% depuis début novembre dernier.
«Si la position officielle de la BCE vis-à-vis de l’euro est restée inchangée – la devise ne constitue pas un objectif de politique monétaire mais son impact sur l’inflation constitue une donnée importante dans ses projections et dans sa fonction de réaction – le seuil de tolérance de la BCE sur l’euro semble plus élevé qu’il y a quelques années et se situe certainement désormais à 1,3, voire plus», estime Frédérik Ducrozet, économiste chez Pictet. La parité demeure inférieure de 11% à ses niveaux prévalant avant le lancement du programme de rachats de titres en 2014 face au dollar. Mario Draghi a ainsi souligné que le niveau actuel de l’euro se justifie par l’amélioration de l’activité en zone euro, la BCE n’étant ni pressée de changer son mode de communication, ni de procéder à son premier relèvement de taux.
S’abstenir de toute dévaluation compétitive
Attaché à la flexibilité des taux de change, Mario Draghi a néanmoins fustigé «l’utilisation d’un langage sur l'évolution des taux de change qui ne reflète pas les termes de référence qui ont été convenus» en faisant référence de manière indirecte aux propos du secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin, et du secrétaire au Commerce Wilbur Ross saluant la baisse du dollar. Or, la dernière réunion du FMI en octobre s’est conclue par l’engagement de s’abstenir de toute dévaluation compétitive et de ne pas avoir d’objectif de change. Si la hausse de l’euro semble surtout liée à un effet dollar, son niveau étant resté stable face aux autres devises du G7 depuis décembre, la BCE se réserve le droit d’ajuster sa politique monétaire en cas de durcissement jugé injustifié des conditions financières en zone euro.
Mais dans la soirée, Donald Trump, à Davos, a contre toute attente affirmé vouloir «au bout du compte» un dollar fort pour refléter l'état de l'économie américaine, expliquant que les propos tenus la veille par son secrétaire au Trésor Steven Mnuchin avait été sortis de leur contexte.
Cette petite phrase a immédiatement fait rebondir le billet vert. L’euro/dollar cédait ainsi 0,3% à 1,2365 dollar vers 19h45 GMT. L’indice qui mesure la valeur du dollar face à un panier de grandes devises remontait parallèlement de 0,42% à 89,579 avoir reculé jusqu'à 88,438, là aussi un plus bas de trois ans. Mercredi, il avait accusé sa plus forte baisse en sept mois en réaction aux propos de Steven Mnuchin.
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