Les tensions au Moyen-Orient relancent les calculs sur l’offre de pétrole
Malgré les frappes américaines qui ont tué le général iranien Qassem Soleimani, les marchés n’arrivent pas à intégrer l’hypothèse d’un choc pétrolier ni de représailles militaires suffisamment fortes pour toucher durablement les infrastructures de pays producteurs comme l’Arabie saoudite ou bloquer le détroit d’Ormuz. Du coup, les cours continuaient à baisser mardi, inférieurs à 68 dollars pour les futures mars 2020 sur le baril de Brent alors qu’ils avaient touché brièvement 70,70 dollars lundi matin.
Lancés dans divers calculs, les investisseurs restent sceptiques, se rappelant les effets très limités sur les prix des attaques de 2019, notamment contre les infrastructures d’Aramco en septembre.
Tout d’abord, l’impact de cet événement sur le pétrole iranien devrait être quasi-nul : les sanctions imposées par les États-Unis dans le cadre du conflit sur le nucléaire iranien ont déjà entraîné une baisse des exportations de 2,6 millions de barils par jour (mbj) à 0,6 mbj, sur environ 2,1 mbj désormais produits par l’Iran. Et si l’implication de l’Irak (4,7 mbj) s’ajoute au risque, seul JPMorgan estime désormais un possible déficit de l’offre de -200.000 barils par jour pour 2020, au lieu de +600.000 estimés cet automne. Les analystes d’UBS notent que l’Opep (29,7 mbj, dont 9,9 pour l’Arabie saoudite) et la Russie (11,2 mbj) pourraient accroître rapidement leur production pour compenser, jusqu’à 3,3 mbj. «Les futures sur le Brent à 5 ans, auxquels les évaluations du secteur pétrolier sont étroitement corrélées, restent au-dessous de 60 dollars le baril», ajoutent-ils.
Les cours ont d’ailleurs repris plus de 10% en décembre, après une réunion de l’Opep+ suggérant de cesser après mars ses réductions de production quotidienne mises en place depuis 2017 au vu de la légère amélioration économique. La hausse a également été portée par un besoin accru lié aux nouvelles normes maritimes - de peut-être 5% à 7% cette année - et par un ralentissement structurel de la croissance de l’offre aux États-Unis. La production américaine, passée de 15,5 mbj en 2018 à 17,2 mbj en 2019, devrait stagner autour de 18 mbj après 2020 selon divers analystes. Si ces prévisions sont justes comme l’espère UBS - qui ajoute le risque de voir des productions nigériane et libyenne se reprendre -, les cours du pétrole dépendront alors plutôt de la demande, que certains, comme chez ING, continuent d’estimer contrainte par une croissance qui les amènerait plutôt à diminuer dans les prochains trimestres.
Plus d'articles du même thème
-
L’évolution surprenante des prix de l'énergie
A la différence de 2022, l'Europe était mieux préparée au choc géopolitique du Golfe sur le terrain énergétique, relève Michala Marcussen, chef économiste du groupe Société Générale. La quête d'une autonomie énergétique stratégique est essentielle. -
Le pétrole touche un plus bas depuis mars et les actions s'envolent sur des espoirs de paix
Le président américain estime qu’un accord avec l’Iran pourrait être signé ce week-end. Le cours du Brent chute à un plus bas de plusieurs semaines et les actions rebondissent fortement. -
Le pétrole hésite face aux baisses et regains de tension entre l'Iran et les Etats-Unis
Oscillant autour de 90 dollars le baril, le pétrole brut monte avec les bombardements et descend avec les annonces de négociations. Toutefois, les stocks commencent à baisser, risquant de ne plus compenser le manque d'offre.
ETF à la Une
WisdomTree dévoile un ETF sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle
- Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale change de directeur général
- Le Crédit Agricole est confronté à la reprise des grandes manœuvres en Italie
- L'offre d'Intesa sur MPS crée un effet domino pour Axa
- Le commissariat aux comptes séduit plus que jamais les jeunes générations
- Le Crédit Agricole crée une société dédiée à l'IA pour y concentrer ses efforts
Contenu de nos partenaires
-
Tribune libreLa solidarité mondiale a besoin d’un nouveau modèle : la France peut continuer à ouvrir la voie
Face au repli des grandes puissances sur l’aide au développement, la France doit impulser un nouveau mouvement pour ranimer la solidarité mondiale, estiment dans cette tribune Philippe Douste-Blazy, Elisabeth Moreno et Yann Borgstedt -
Anthropic contraint de suspendre l’accès à son modèle d’IA Fable sur injonction de la Maison-Blanche
Le géant de l'IA a suspendu, vendredi 12 juin, l’accès à ses modèles Fable 5 et Mythos 5 après une injonction des autorités américaines. En Europe, cette décision relance le débat sur la dépendance du continent aux modèles d’IA venus des Etats-Unis -
Feu rougeFin du coup de pouce à la pompe pour les automobilistes allemands
La ristourne fiscale de 17 centimes par litre de carburant prendra fin le 30 juin. La coalition droite-gauche du chancelier Merz étudie des alternatives pour redonner du pouvoir d'achat aux Allemands