Les taux réels du crédit haut rendement en euro deviennent négatifs
Une nouvelle forteresse, jugée imprenable, est tombée la semaine passée sur le marché du crédit euro. «Les derniers chiffres d’inflation ont donné un dernier coup de pouce à la compression sur le marché crédit, note Barnaby Martin, stratégiste chez Bank of America (BoA). Les marchés du crédit ont franchi un autre Rubicon : les rendements réels des obligations ‘high yield’ (HY) en euros (rendements nominaux moins l’inflation dans la zone euro) viennent de devenir négatifs pour la première fois de leur histoire.» La moitié du marché crédit investment grade (IG) est déjà à taux négatif et une partie du HY en rendement nominal. L’inflation globale (3 %) et l’inflation sous-jacente (1,6 %) ont encore progressé en août en raison des effets de base et des goulots d'étranglement dans la chaîne d’approvisionnement. «L’inflation surprend désormais à la hausse, à un moment où les surprises économiques sont devenues négatives», s’inquiète-t-on chez BoA. Les rendements réels HY, qui évoluaient autour de 1% de 2017 à l’avant-crise pandémique, sont désormais à -0,6%. Certains sont plus affectés que d’autres, en fonction des spreads et de l’inflation dans le pays. Ainsi, les rendements réels des émetteurs HY en Espagne atteignent -90 points de base (pb) et -100 pb en Allemagne. En revanche, les émetteurs français, parmi les rares à offrir encore des rendements réels positifs, devraient bénéficier d’un intérêt plus prononcé ces prochains mois de la part des investisseurs, pensent les stratégistes de BoA.
Les taux réels négatifs exacerbent la recherche de rendement. «Avec des taux réels en Europe si profondément négatifs (-1,9 pour le Bund), les investisseurs n’ont d’autre choix que de continuer à rechercher des rendements, indique Barnaby Martin. La compression du marché crédit devrait se poursuivre à court terme après ces chiffres d’inflation.» D’autant que l’IG pourrait être affecté par l’annonce prochaine d’une réduction du programme d’achat d’urgence (PEPP) de la Banque centrale européenne (BCE).
Un autre soutien pour le HY est la vague de relèvement des ratings. «En moyenne, 1,5% du marché HY euro bénéficie d’un relèvement de notation chaque mois, deux fois plus que l’IG, soulignent les stratégistes de la banque américaine. Et vu le rebond des ‘cash flow’ cette année, cette tendance devrait se poursuivre», notamment dans les secteurs de l’industrie et de la consommation.
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